La curieuse défection d’un juge polonais réfugié en Biélorussie après des accusations d’espionnage

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L’affaire du juge Tomasz Szmydt, qui siégeait au tribunal administratif régional de Varsovie et a fui en Biélorussie, ne cesse de faire des remous en Pologne. Apparu le 6 mai sur les réseaux sociaux et en conférence de presse à Minsk, le Polonais a annoncé demander « la protection » du président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Sur le réseau social X, il a déclaré avoir été « persécuté et intimidé pour sa posture politique indépendante » dans son pays d’origine. « Je proteste contre les autorités polonaises qui, sous l’influence des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, conduisent le pays à la guerre. Le peuple polonais est favorable à la paix et aux relations de bon voisinage avec la Biélorussie et la Russie », a encore écrit le fugitif, qualifiant Alexandre Loukachenko de « très bon président ».

Allié du président russe, Vladimir Poutine, dans l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, le dirigeant biélorusse, au pouvoir depuis 1994, réprime férocement toute velléité démocratique chez ses concitoyens. Il a souligné jeudi 9 mai qu’il « examinerait » la demande de Tomasz Szmydt, « un brave homme ». En Pologne, le parquet national accuse Tomasz Szmydt d’activités de renseignement à la solde de l’étranger. Démis de ses fonctions, le juge, qui a perdu son immunité le 9 mai, risque la perpétuité.

Pour le premier ministre, Donald Tusk, les agissements de Tomasz Szmydt relèvent de la « haute trahison ». « Tout porte à croire qu’il aurait pu être une source très précieuse pour les services étrangers », a-t-il affirmé le 8 mai, à l’issue d’une réunion d’urgence des responsables des services spéciaux, ajoutant que « les relations de M. Szmydt avec les Biélorusses sont anciennes ».

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Tomasz Siemoniak, coordinateur des services spéciaux, lui a emboîté le pas lors d’une seconde réunion des services spéciaux, le 10 mai, indiquant que la commission d’enquête sur les influences russes serait relancée dans les plus brefs délais. Mise sur pied en 2023 par le gouvernement des nationaux-conservateurs du PiS (parti Droit et justice) et perçue comme un instrument visant à évincer Donald Tusk des élections législatives de l’automne, la commission avait été mise sur la touche sous la pression diplomatique. Il s’agira pour Tomasz Siemoniak de l’« amender » et « d’en éliminer ses dispositions anticonstitutionnelles ».

Accès à des données confidentielles

En raison des affaires dans lesquelles il a siégé, le juge Szmydt a eu accès à des données confidentielles concernant l’OTAN et l’Union européenne. Il était prévu qu’il statue prochainement dans des procès relatifs à des refus de délivrance d’habilitations de sécurité à des fonctionnaires. « Il travaillait au département des affaires classées. Il était, à ce titre, très utile à la Russie comme à la Biélorussie », note Igor Tuleya, juge au tribunal de district de Varsovie et interrogé par Le Monde. « Plusieurs indices montrent que Tomasz Szmydt avait déjà collaboré avec la Biélorussie et la Russie bien plus tôt. Il a été accueilli avec les honneurs en Biélorussie, ce qui n’a rien d’anodin », abonde Krzysztof Zegota, professeur à l’université d’Olsztyn, spécialiste des questions de sécurité en lien avec la Russie et la Biélorussie.

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