La prison, une institution vulnérable face au narcotrafic

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Au péage d’Incarville (Eure), après l’attaque d’un fourgon pénitentiaire, le 14 mai 2024.

C’est une note de bas de page qu’un lecteur empressé pourrait survoler sans y prêter attention. Quatre lignes et demie, rien de plus, incluses au rapport de la commission d’enquête du Sénat sur le narcotrafic. En voici la teneur, dans son intégralité : « Dans une réponse écrite commune au questionnaire du rapporteur, la direction de l’administration pénitentiaire et le service national du renseignement pénitentiaire soulignent que le “risque d’évasion préméditée, en lien avec le réseau ou l’organisation auxquels [les détenus] appartiennent, ainsi que les moyens financiers dont ils disposent qui leur permettent de financer un tel projet et leur cavale” est réel et “s’accroît avec un quantum de peine élevée.” »

Cette mise en garde, publiée mardi 14 mai peu avant 10 heures du matin, sonne comme un écho troublant à l’assaut ultraviolent du fourgon transportant le détenu Mohamed Amra, dit « la Mouche », deux heures plus tard, à un péage de l’Eure, libérant ce narcotrafiquant au prix de la vie de deux agents de la pénitentiaire.

Au lendemain du drame, alors que la chasse à l’homme est enclenchée, et que chacun se questionne sur la localisation du gang en cavale, un autre débat est lancé : celui sur la vulnérabilité de l’institution pénitentiaire face au narcotrafic. Si l’évasion spectaculaire de Mohamed Amra met en lumière les motivations et les moyens sans limites des narcotrafiquants, d’autres événements récents alertent sur la fragilité de l’institution carcérale. Saisies multiples de drogue dans les prisons, fusillades commanditées depuis une cellule, affaires de corruption… Les magistrats spécialisés le rappellent : la prison n’est pas un « stop » dans une carrière de trafiquant, lequel peut trouver d’autres façons de poursuivre à distance ses activités.

« Conclure des alliances »

Cette prison qui « ne rompt plus les liens avec l’extérieur » est l’un des thèmes principaux du rapport sénatorial. Et plusieurs des cent cinquante-huit auditions menées en six mois donnent à comprendre les faiblesses chroniques de l’institution pénitentiaire face au crime organisé. « La détention ne met plus fin aux activités des têtes de réseau, qui, malgré un à dix mandats de dépôt criminel, continuent à commanditer des assassinats ou gèrent leurs points de deal comme si elles étaient à l’extérieur. La détention est prise comme un risque du métier », a ainsi souligné Isabelle Fort, procureure de la République adjointe près le tribunal judiciaire de Marseille en charge de la juridiction interrégionale spécialisée.

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