La Cour des comptes émet des doutes sur l’utilité du blindé Centaure

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Un gendarme français près d’un Centaure, véhicule blindé à usage général, lors d’une manifestation contre le projet d’autoroute A69 reliant Toulouse à Castres, au camp de protestation de la zone à défendre (ZAD) de Crem’Arbre à Saix, le 22 février 2024.

C’est la pièce maîtresse du parc roulant de la gendarmerie, un mastodonte d’électronique embarquée sous blindage, voué à remplacer le « véhicule blindé à roues de la gendarmerie » (VBRG), en service depuis 1972. Surnom : le Centaure. Ses caractéristiques techniques
(14,5 tonnes, une capacité de poussée ou de traction de 12 tonnes de masse immobilisée, des dispositifs de navigation augmentée, de vision longue distance, de détection des tirs hostiles) en font, résume la Cour des comptes, un « équipement de pointe ». Mais un équipement dont l’utilité véritable « reste à démontrer ».

La charge est particulièrement rude pour la gendarmerie, qui avait déployé des trésors d’argumentation pour convaincre la Place Beauvau de faire l’acquisition de 90 exemplaires de ce blindé, pour un rondelet montant de 70 millions d’euros. Sorte de couteau suisse sur roues – mais un couteau équipé de tubes de lance-grenades multiples et d’une mitrailleuse, tous deux téléopérés –, le Centaure est censé témoigner d’une extrême polyvalence, capable de faire rugir ses 300 chevaux en cas de graves troubles à l’ordre public, d’incidents industriels, de risques nucléaires ou chimiques, de catastrophes naturelles, d’opérations extérieures, de « menaces sur les institutions ». Longtemps dans les cartons faute de budget, le projet est amorcé en 2021 grâce au plan de relance. L’attributaire du marché, la Soframe, une entreprise alsacienne d’excellente réputation, livre ses premiers exemplaires courant 2022.

Problème : si « l’analyse du mode de passation du marché n’a pas fait apparaître d’irrégularités (…), la nécessité de décaissement rapide des fonds, elle-même inhérente au mécanisme du plan de relance, a conduit à une spécification rapide de besoins ». Trop rapide sans doute car, « de l’aveu même de la gendarmerie », la maintenance du véhicule a tout bonnement été omise du cahier des charges. Elle y sera finalement intégrée, moyennant un coût inconnu.

Elargissement du spectre missionnel

« Le Centaure soulève aujourd’hui plusieurs questions », appuie encore la Cour des comptes. Parmi celles-ci, une conception et des spécifications techniques qui ont « précédé la définition de son usage », survenue seulement en décembre 2023 alors que les premiers véhicules étaient déjà livrés – certains avaient été déployés au cours des émeutes à l’été 2023.

La Cour des comptes s’interroge aussi sur le nombre de 90 nouveaux véhicules, soit pratiquement le remplacement de chaque VBRG, alors que la commande d’équipements plus polyvalents induit généralement « une réduction des flottes de grands systèmes militaires ».

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