En polémiste antitrans, Dora Moutot vire à droite toute

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L’influenceuse Dora Moutot, à Paris, le 16 mai.

Encerclés par des CRS, une centaine de manifestants huent les noms de Dora Moutot et Marguerite Stern venues présenter leur livre Transmania, publié en avril aux éditions Magnus (ex-Ring), le 6 mai à l’université Paris-Panthéon-Assas. L’influenceuse et l’ancienne colleuse d’affiches y dénoncent un soi-disant « lobby trans » et la menace qu’il ferait peser sur la société. La conférence, suivie par une cinquantaine d’étudiants, est organisée par le syndicat d’extrême droite La Cocarde étudiante. Son président, Edouard Bina, n’a pas lu l’ouvrage, mais a tenu à inviter ses autrices, qui ont longtemps appartenu au mouvement féministe, car il considère qu’elles ont « plus d’influence qu’une figure de La Manif pour tous ». Il estime qu’« elles sont capables de convaincre les personnes de la gauche des dérives de leur propre camp ».

Une prise de guerre, en quelque sorte. Après avoir participé à lancer le mouvement des collages contre les féminicides, l’ancienne Femen Marguerite Stern s’est mise en retrait début 2020 : elle jugeait que les débats sur ce qu’elle nomme le « transactivisme » y prenaient trop de place. Dora Moutot a créé le compte Instagram @tasjoui, des témoignages d’expériences sexuelles de femmes, suivi par cinq cent mille personnes à son apogée, début 2019, avant de connaître une baisse d’audience.

Puis elle a pris un vrai virage et ne s’est plus concentrée que sur un même sujet, la transidentité. Invitée avec sa consœur par la presse Bolloré (CNews, Europe 1, Le Journal du dimanche…), saluée par l’hebdomadaire Valeurs actuelles, elle fait aujourd’hui son grand retour médiatique. Selon les chiffres de GfK, l’ouvrage connaît un petit succès, avec dix mille exemplaires vendus en six semaines.

Lire aussi (2020) : Article réservé à nos abonnés Le mouvement Collages féminicides se déchire sur la question trans

Dans un café parisien, le 16 mai, Dora Moutot reconnaît le caractère « provocateur » du personnage du livre : un certain Robert qui transitionne pour se masturber dans des cabines d’essayage des femmes. Elle prétend pourtant que le profil de Robert existe. Elle l’aurait croisé quand elle s’intéressait aux sexualités transgressives et nous raconte ces hommes en tutu dans des toilettes des femmes. Elle se défend d’être transphobe, mais lance, en niant le consensus médical : « Il faut avoir une maladie psychiatrique pour se couper le pénis. »

SOS Homophobie s’apprête à porter plainte pour diffamation contre les deux autrices. Marie Cau, maire transgenre de Tilloy-lez-Marchiennes (Nord), qui a également porté plainte contre Dora Moutot pour incitation à la haine à la suite des propos tenus à son encontre dans l’émission « Quelle époque ! », sur France 2, en octobre 2022, voit dans cette caricature des personnes transgenres une volonté de créer la polémique. « Après avoir perdu le fonds de commerce qu’était son compte @tasjoui, elle ne peut plus qu’exister dans des médias d’extrême droite, en alarmant sur un prétendu danger trans », se désole-t-elle.

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