« Dans l’intérêt de nos enfants, de vos enfants, ne laissons pas l’école publique faire un grand bond en arrière »

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Mesdames et Messieurs les personnels de direction et d’inspection,

Parents d’enfants scolarisés en école primaire, en collège ou en lycée, nous sommes mobilisés, depuis plusieurs mois, contre les mesures dites « du choc des savoirs », car nous sommes attachés à l’école publique et à sa promesse d’égalité.

En effet, l’accès aux savoirs élaborés de la culture écrite, scientifique et technique, longtemps réservé à une petite élite, a progressivement été ouvert aux filles, aux enfants des classes populaires et aux enfants en situation de handicap. Ce processus historique a permis à un nombre croissant d’enfants de disposer de capacités instruites de réflexion et d’analyse leur permettant de faire des choix éclairés dans leur vie personnelle et professionnelle, de comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons et de peser démocratiquement sur son devenir.

Pour nous, l’école a vocation à devenir le creuset de l’émancipation individuelle et collective, dans une société dont nous pensons qu’il faut, sans cesse, consolider les fragiles et précieux fondements démocratiques.

Nous savons, pour les côtoyer de près depuis le début de notre mobilisation, que ce point de vue est partagé par nombre d’acteurs et d’actrices de l’éducation nationale qui, à vos côtés, œuvrent au quotidien à la scolarisation, à l’éducation et à l’instruction des enfants et des adolescents en tenant compte de la singularité de chacune et de chacun.

Les mesures du « choc des savoirs », parce qu’elles mettent à mal le collège unique et risquent de priver un nombre accru d’élèves de l’accès à des poursuites d’études au lycée et à l’université, mettent un coup d’arrêt à la démocratisation de l’école.

Attal tourne le dos aux résultats de la recherche

Dans une lettre aux professeurs et aux membres de la communauté éducative, datée du 5 décembre 2023, si Gabriel Attal promettait des « groupes de niveau » en mathématiques et en français, au collège, pour donner la possibilité « aux élèves les plus en difficulté (…) de combler les lacunes et de progresser », il insistait immédiatement après sur le fait que « nos élèves ayant le meilleur niveau et la plus grande appétence (…) y verront l’opportunité de s’envoler, en allant plus loin encore que le programme ».

Sans nous attarder sur l’adjectif possessif qu’il n’utilise que pour la deuxième catégorie d’élèves, relevons que, quels que soient les termes finalement retenus pour nommer les « groupes de niveau » dans l’arrêté du 15 mars, ce projet assignant des objectifs d’apprentissage inégaux aux élèves est confirmé par le choix de ne plus permettre l’accès direct au lycée professionnel, général, technologique aux recalés du diplôme national du brevet, et ce, malgré les avis positifs des conseils de classe. Le 6 décembre 2023, sur Franceinfo, Gabriel Attal insistait : « J’assume effectivement qu’on aura probablement un taux de réussite au brevet et au bac qui diminuera par rapport aux années précédentes. »

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