« Votre combat est le mien, le nôtre »

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Des messages de soutien aux Palestiniens de Gaza, sur une grille des locaux de Sciences, le 26 avril 2024.

Cher(e)s étudiant(e)s en grève de la faim,

Vous connaissez mon attachement à la liberté scientifique. J’ai essayé de la défendre à la mesure de mes moyens pendant ma captivité en Iran. Et je suis fière d’appartenir à un laboratoire, le CERI [Centre d’études et de recherches internationales], à Sciences Po, qui nous a soutenus, Roland Marchal et moi-même, tout au long de cette épreuve, et qui aujourd’hui affiche sa solidarité avec vous.

Pendant ces quatre années de privation de liberté, étudiants et chercheurs n’ont cessé de répéter, dans une vingtaine de langues différentes, « Fariba, ton combat est le nôtre ». Aujourd’hui je vous dis : « Votre combat est le mien. Votre combat est le nôtre, chercheurs. » Parce que vous revendiquez la liberté de pensée, d’expression et d’engagement politique en faveur de la paix et du droit international.

Votre combat est le mien, le nôtre, parce que vous condamnez les violations du droit international et les crimes de guerre ou contre l’humanité de l’ensemble des protagonistes du conflit israélo-palestinien qui s’en rendent coupables, et parce que vous entendez sauvegarder le droit à la compréhension politique et juridique de cette tragédie – une compréhension qui est la condition sine qua non de la paix, laquelle ne pourra être que politique et non militaire.

Au-delà des appartenances

Votre combat est le mien, le nôtre, car il ne mobilise pas des identités, mais des convictions politiques, philosophiques ou religieuses qui transcendent les appartenances ou les origines culturelles des uns et des autres, comme l’ont dit avec force et clarté plusieurs de vos camarades, dont certains juifs.

Depuis la prison d’Evin [à Téhéran], j’avais demandé au Guide de la révolution de « sauver la recherche, sauver l’histoire pour sauver la liberté ». Je réitère cette demande à l’égard des autorités politiques ou administratives chargées de Sciences Po.

Néanmoins, c’est parce que je suis solidaire de votre cause, cher(e) s étudiant(e) s, que je vous demande d’interrompre votre grève de la faim pour lui substituer d’autres formes de lutte, comme j’avais interrompu la mienne, en 2020, à la demande de mes collègues, du directeur de Sciences Po et d’un grand diplomate attaché à la paix, François Nicoullaud, dont je salue au passage la mémoire.

Besoin de vos forces, pas de votre sacrifice

Votre engagement admirable – je reprends le terme de mon collègue Laurent Gayer – ne doit pas s’effectuer au détriment de votre santé, de vos études, de celles et de ceux qui vous aiment. La paix, la justice, la reconnaissance politique des droits du peuple palestinien ont besoin de vos forces, pas de votre sacrifice.

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