Pourquoi la justice a ouvert une enquête contre TotalEnergies, après une attaque djihadiste au Mozambique

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Des membres des forces de l’ordre rwandais surveillent le projet Mozambique LNG de TotalEnergies à Afungi, dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique, le 29 septembre 2022.

« Les souvenirs et les conséquences tragiques des attentats du Mozambique sont aussi vivaces aujourd’hui qu’ils l’étaient il y a trois ans, et nous sommes reconnaissants au parquet français d’avoir pris cette mesure. » C’est par ces mots que Nicholas Alexander, rescapé d’un raid djihadiste de grande ampleur en 2021 dans la province mozambicaine de Cabo Delgado, a réagi auprès du Monde à l’annonce par l’Agence France-Presse, samedi 4 mai, de l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « homicide involontaire » et « non-assistance à personne en danger » visant TotalEnergies.

Cette enquête a été ouverte en octobre 2023 par le parquet de Nanterre, soit peu de temps après le dépôt, le 9 du mois, d’une plainte formée par sept plaignants sud-africains et britanniques – dont M. Alexander – accusant le géant des hydrocarbures et sa filiale au Mozambique d’avoir manqué à leur devoir de protection des sous-traitants du mégaprojet de production de gaz naturel liquéfié qu’ils développent dans le Cabo Delgado.

Ce site stratégique pour TotalEnergies est implanté à 10 kilomètres de la ville portuaire de Palma, dans une péninsule régulièrement ciblée par des attaques d’un groupe terroriste affilié à l’organisation Etat islamique, Al-Chabab. Le 24 mars 2021, cette milice y a semé la terreur plusieurs jours durant, faisant 1 298 morts et 209 portés disparus, selon le journaliste britannique Alex Perry, qui enquête sur l’affaire et s’est rendu sur place pour recenser les victimes : des hommes, femmes et enfants, tués par balle, noyés ou décapités.

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Selon les plaignants, rescapés ou proches de victimes, le groupe français n’aurait « pas pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des sous-traitants », alors qu’il était informé d’une « probable attaque imminente de la milice Al-Chabab ». Puis dans le chaos de l’attaque, tandis qu’une grande partie de son personnel avait été évacuée par les airs, TotalEnergies ne serait pas intervenu pour aider au sauvetage de 180 personnes, sous-traitants et locaux, réfugiés dans un hôtel assiégé.

« Un acte terroriste trop méconnu »

Si TotalEnergies n’a pas souhaité commenter, le groupe avait « fermement » rejeté ces accusations fin 2023, affirmant avoir « appliqué les procédures en matière de sécurité » et « assuré l’évacuation de nombreux civils venus se réfugier à l’entrée du site ». C’est ce qu’il a déjà fait valoir, selon les sources du Monde, dès décembre 2023, dans des observations adressées au parquet dans le cadre de la procédure d’ouverture au contradictoire décidée par ce dernier afin d’apprécier l’opportunité d’une poursuite, d’un classement ou d’investigations plus poussées.

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