Patricia Tourancheau et les bijoux de Kim Kardashian

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Livre. Si le moindre solécisme en parlant vous irrite, passez hardiment votre chemin : le plaisant ouvrage dont il est ici question ne répugne pas à quelque verdeurs de langage, et tient moins des lettres de Mme de Sévigné que des cinq du regretté général Cambronne. Dame Patricia Tourancheau, épistolière impénitente et documentariste récidiviste, a en effet écrit son livre en argot, et use, dès le début, pour parvenir à ses fins du vocabulaire du milieu. Dans Kim et les papys braqueurs. Main basse sur les bijoux de la Kardashian (Seuil, 240 pages, 19 euros), elle en propose aimablement un lexique en annexe, qui devrait certes enrichir utilement le vocabulaire des collégiens, mais risque d’embarrasser quelque peu son entrée à l’Académie des sciences morales et politiques.

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Or doncques, il s’agit du minutieux récit du mirifique cambriolage d’une citoyenne d’outre-Atlantique, une certaine Kim Kardashian au goût très sûr (en matière de bijoux). La diva avait eu la faiblesse de rendre publique, avec son décolleté, la photo de sa bague de fiançailles, un diamant de 18,8 carats évalué à quatre petits millions de dollars. La pierre avait durablement impressionné une poignée de malandrins, la vieille garde parisienne du banditisme, des âmes bien nées dont la valeur n’a certes pas attendu la soixantaine bien sonnée.

Il appert rapidement que l’élégante et ses bijoux entendent, pour la fashion week, loger à Paris en l’hôtel du comte de Pourtalès, un banquier à l’aristocratie récente (1814) mais au portefeuille bien nanti. L’hôtel particulier est devenu plus général sous le curieux nom du « No Address », que l’on trouve cependant aisément dans l’annuaire. Ainsi, dans la nuit du 2 au 3 octobre 2016, cinq coupe-jarrets, armés et cagoulés, investissent les lieux sans dommage et articulent les deux mots qu’ils ont eu le bon sens de réviser, « ring » et « money ».

Saucissonneurs et randonnée cycliste

L’égérie de télé-réalité juge non sans raison sa dernière heure arrivée, précédée sans doute de quelque ultime outrage, et prie tout bas le Très-Haut de lui porter un rapide secours. Mais les truands, en parfaits gentilshommes, se contentent de la laisser gésir toute « saucissonnée » dans la salle de bains. Ils mettent la main sur 10 millions de dollars en bagues, colliers, bracelets et boucles d’oreilles, prennent congé en toute hâte et se cassent vite fait.

A bicyclette. Funeste erreur, n’est-ce pas, pour le porteur de bijoux, dont le sac se prend dans la roue : il choit rudement sur un coin bitumineux en éparpillant son butin. L’homme ramasse ce qu’il peut, et s’en va, tiquant sur les joies de la randonnée cycliste. La brigade de répression du banditisme a tôt fait de retrouver les douze conspirateurs, qui attendent leur procès, du 28 avril au 23 mai 2025.

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