« Nous, enfants-soldats des Moudjahidin du peuple iranien »

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« J’avais 14 ans quand j’ai appris à tirer à la Kalachnikov, à conduire un char, à manœuvrer dans un champ de mines et à me battre. » C’était en Irak, en 1998 : Amir Vafa était alors enfant-soldat des Mujaheddin-e Khalq (MEK, « combattants du peuple »). Le quadragénaire, qui vit aujourd’hui en Suède, reproche à cette organisation iranienne d’avoir séparé des enfants de leur famille, d’avoir exercé des pressions psychologiques à leur encontre et d’avoir fait d’eux des guerriers en vue de renverser le régime islamique au pouvoir à Téhéran depuis la révolution de 1979.

Il aura fallu du temps à Amir Vafa – quinze ans après avoir déserté les rangs des MEK, en 2004 – pour oser parler publiquement de son expérience. Parmi ses anciens camarades de tranchées, il est le premier à avoir témoigné sous sa véritable identité, en 2019, dans le média persanophone Mihan TV. « Suite à ce temps long sous l’emprise de l’organisation, j’ai eu besoin de me reconstruire, explique-t-il au Monde, lors d’une rencontre dans un café de Stockholm. Et puis, j’avais peur des représailles. »

Après avoir renoncé, en 2001, à la lutte armée et aux actions violentes, le groupe en exil – également connu sous l’appellation d’Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI) – est parvenu à s’extraire des listes des entités terroristes américaine et européenne où il figurait depuis des années.

Photo d’archive d’Amir Vafa, dans un camp des Moudjahidin du peuple iranien, en Irak.

Se présentant comme une alternative pacifique, démocratique et non nucléaire au régime de Téhéran, il jouit aujourd’hui encore d’une influence considérable en Occident, notamment aux Etats-Unis et en France. Environ 2 000 membres vivent aujourd’hui en Albanie.

Procès expéditifs

« Désormais, ma vie est stable et j’ai besoin de raconter ce que d’autres enfants et moi avons subi », dit posément M. Vafa, devenu père de deux fillettes. Suivant son exemple, les langues ont commencé à se délier. Deux autres ex-enfants-soldats ont accepté de décrire au Monde leur trajectoire personnelle au sein des Mujaheddin-e Khalq, à visage découvert. Une dizaine d’anciens membres ont également apporté leur témoignage, certains à condition que soit préservé leur anonymat. Selon leurs dires, plusieurs dizaines d’enfants, au moins, sont passés par les bataillons de l’organisation.

Sollicité par Le Monde sur les points-clés de cette enquête, les MEK n’ont pas souhaité répondre. Ils ont, par la suite, adressé un courriel au Monde discréditant par avance nos témoins dont ils ne connaissaient pourtant pas l’identité, les qualifiant d’« agents notoires du régime des mollahs ». Sur son site, l’organisation affirme que ces enfants ont rejoint l’« armée de la libération » de leur plein gré.

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