L’hypothèse d’une coalition avec le camp Macron agite Les Républicains

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Le président du Sénat Gérard Larcher, à Versailles, le 31 mars 2023.

A droite, le président du Sénat, Gérard Larcher, est considéré comme un sage, fort de son autorité morale de deuxième personnage de l’Etat. Un homme aussi raisonnable qu’habile. Mais l’ancien vétérinaire a aussi le don de dérouter les élus de son parti, Les Républicains (LR). Il faut savoir décrypter sa parole, lire entre les lignes. « Si vous avez compris ce que Larcher dit, c’est que vous n’avez pas tout à fait compris », ironisait, l’été dernier, le député du Lot, Aurélien Pradié.

Que faut-il alors comprendre de l’hypothèse de le voir déménager du palais du Luxembourg vers l’hôtel de Matignon, afin de formaliser une coalition entre la droite et la majorité, dont l’idée circule déjà depuis plusieurs mois ? Déjà, qu’il s’agit d’une saison 2. En avril 2023, Le Monde révélait que des collaborateurs du président de la République avaient un scénario en tête pour sortir de l’impasse politique de la majorité relative au Parlement : nommer M. Larcher comme premier ministre d’Emmanuel Macron. L’idée n’avait pas survécu à l’été.

Un an plus tard, le sénateur des Yvelines ménage toutes les options possibles, y compris celle d’accepter d’être nommé chef du gouvernement, au nom de « l’intérêt du pays ». Après les élections européennes, « il faudra bien qu’on apporte une réponse », a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP, diffusé mercredi 29 mai. Selon lui, « si réellement l’extrême droite est à 40 % » au soir du 9 juin, « on ne peut pas faire comme si les Français ne nous avaient pas envoyé un message ». « Peut-on continuer le cabotage actuel ? », s’interroge-t-il, en prédisant une « gueule de bois démocratique » au lendemain du scrutin.

« Je suis comme le pèlerin d’Emmaüs »

Toute la question est de savoir s’il souhaite monter à bord d’un bateau présenté par certains LR comme le Titanic. Mais, en bon gaulliste, M. Larcher s’en remet à la Constitution. A ses yeux, la décision de tendre ou non la main à la droite pour former une coalition revient au président de la République. « C’est à lui de prendre des initiatives, je suis comme le pèlerin d’Emmaüs, j’attends de voir », confiait-il en privé, fin avril. Mais l’intéressé peut affirmer « n’être demandeur de rien », son dîner du 7 mars – longtemps tenu secret – avec Emmanuel Macron interroge à droite.

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Un à un, les pontes de LR sont venus aux nouvelles depuis. A commencer par Eric Ciotti. Le président du parti pense l’hypothèse plausible et Larcher tenté. Et la nouvelle l’enchante assez peu à quelques jours des élections européennes, avec le risque de voir la liste menée par François-Xavier Bellamy confondue, dans l’esprit des électeurs, avec celle du camp Macron. Laurent Wauquiez n’achète pas l’idée non plus. L’hypothèse d’un Républicain à Matignon cadre mal avec le calendrier imaginé par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, prêt à enfin passer la seconde à la rentrée dans sa course annoncée vers l’Elysée en 2027. M. Wauquiez a trop théorisé l’effacement inéluctable de la Macronie après les européennes et les Jeux olympiques, avec une seconde phase de quinquennat auto-annoncée plus favorable à ses ambitions, pour voir LR se diluer avec la majorité. « Ni coalition ni compromission », a-t-il indiqué à M. Larcher lors de leur rencontre, mi-mai.

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