« Les manuscrits de Qumran peuvent encore nous renseigner sur le contexte dans lequel la Bible a été rédigée »

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Le manuscrit en Cryptique C 4Q363a, déchiffré par Antony Perrot

Découverts en 1947 en Cisjordanie (Palestine), au bord de la mer Morte, les manuscrits de Qumran sont considérés comme l’une des trouvailles archéologiques les plus importantes de tous les temps. Ces neuf cents textes, dont les plus anciens datent du IIe siècle avant notre ère, ont été conservés à l’intérieur de jarres cachées dans onze grottes, d’où leur exceptionnelle préservation. Ils constituent aujourd’hui une mine d’informations inestimable sur l’histoire de cette région considérée comme sainte par les trois grands monothéismes.

Une hypothèse largement partagée attribue cette bibliothèque aux Esséniens, une communauté d’ascètes juifs de l’Antiquité ayant vécu dans la région. Parmi ces manuscrits, on compte des textes en hébreu, en araméen et en grec, et d’autres écrits dans un langage bien plus difficile d’accès. Dans un article pour la Revue de Qumrân, Antony Perrot, professeur d’hébreu et d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique (Vaux-sur-Seine, Yvelines), signe, avec le bibliste Emile Puech, la première traduction de l’un de ces manuscrits, dont les chercheurs pensaient qu’il était rédigé dans un langage crypté, avant de découvrir qu’il s’agissait d’une forme d’hébreu primitif évolué.

Avec Emile Puech, vous avez été les premiers à déchiffrer l’un des trois manuscrits de Qumrân baptisés « cryptique C » par les chercheurs. Que décrit ce parchemin ?

Antony Perrot : Il évoque la destruction d’une ville, peut-être Jérusalem. Nous pensons qu’il s’agit d’une composition historique : il est question de désolation, d’un sanctuaire, de prisonniers, de personnes arrêtées par décrets. Au vu de l’écriture et du développement typologique de l’hébreu ancien, ce texte pourrait faire allusion au pillage de Jérusalem par le roi séleucide (une dynastie grecque) Antiochus IV Epiphane, en 170-168 avant notre ère – un événement traumatisant dans la mémoire juive.

Ce texte circulait à l’époque du second Temple, c’est-à-dire jusqu’au Ier siècle de notre ère, et il s’est peut-être retrouvé dans la bibliothèque des Esséniens sans qu’il soit directement de leur plume. Il devait notamment être consulté au tournant de notre ère lorsque l’occupation romaine était de plus en plus menaçante dans la région. En raison de la forme cursive de ce « paléo-hébreu », je pense que ce texte a été copié par les Esséniens et qu’il était en leur possession au moment où les Romains s’apprêtent à détruire Jérusalem, en 70 de notre ère.

Est-on certain qu’il ne s’agit pas d’un texte prophétique ? Qu’en pense le théologien que vous êtes ?

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