L’affaire Deborah de Robertis divise le monde de l’art

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Photo réalisée avant la performance de Deborah de Robertis, dans l’exposition « Lacan », devant « L’Origine du monde » (1866), de Gustave Courbet, et des œuvres de Betty Tompkins et d’Agnès Thurnauer, au Centre Pompidou-Metz, le 6 mai 2024. Le floutage a été réalisé par l’artiste.

Le 29 mai 2014. Deborah de Robertis, à demi-nue, écarte les cuisses sous L’Origine du monde (1866), le célébrissime tableau de Gustave Courbet, au Musée d’Orsay, à Paris, pour dénoncer la place des femmes dans le monde de l’art. L’artiste franco-luxembourgeoise s’en sort alors avec un rappel à la loi après quelques heures de garde à vue.

Ironie du calendrier, ce mercredi 29 mai, soit dix ans plus tard, jour pour jour, Deborah de Robertis, 40 ans, a été mise en examen pour les chefs de « dégradation de biens culturels commis en réunion » et « vol d’un bien culturel en réunion », pour une action d’une tout autre ampleur, perpétrée, le 6 mai, dans le cadre de l’exposition « Lacan », montée par Bernard Marcadé et son épouse, Marie-Laure Bernadac, au Centre Pompidou-Metz.

Pendant que deux complices taguaient cinq œuvres du slogan « #metoo » , dont L’Origine du Monde protégée par une vitre –, l’artiste subtilisait une broderie d’Annette Messager, portant l’inscription « Je pense donc je suce ». Dans un post Instagram publié dans la foulée, Deborah de Robertis annonce qu’elle ne restituera pas l’œuvre, dont le commissaire de l’exposition, Bernard Marcadé, est propriétaire.

Pour justifier son geste, la performeuse diffuse sur Vimeo une troublante vidéo de dix-sept minutes, tournée une dizaine d’années plus tôt – le film présenté comme une « œuvre artistique » a depuis été retiré de la plate-forme. S’y dévoile la relation intime que l’artiste entretenait, à l’époque, avec Bernard Marcadé. Lui, habillé sur le lit. Elle, nue derrière la caméra. L’échange est cru. « J’ai envie que tu me suces. C’est la seule chose qui me fera bander », dit l’historien d’art, avant que la caméra ne zoome sur la broderie d’Annette Messager, accrochée au-dessus de son lit.

Outrances artistiques

Le nom de Bernard Marcadé apparaît simultanément dans un long texte sur le blog de Mediapart – qui l’a depuis dépublié pour cause d’atteinte à la vie privée –, aux côtés de ceux de six autres personnalités que Deborah de Robertis accuse de « précariser les femmes artistes jusqu’à les faire céder dans le but unique d’avoir le sexe plutôt que l’œuvre » : Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de Paris ; Juan d’Oultremont, un ancien enseignant de l’Ecole de recherche graphique (ERG) à Bruxelles ; le précédent directeur de la Cité internationale des arts, Jean-Yves Langlais ; le marchand privé français John Sayegh-Belchatowski, ainsi que deux collectionneurs, le Canadien François Odermatt et le Belge Alain Servais. Cinq d’entre eux ont fait l’objet d’un signalement que Deborah de Robertis a adressé, le 3 mai, au parquet de Paris. Contacté par Le Monde, celui-ci déclare toutefois ne pas en trouver trace.

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