La Chine redéfinit ses frontières avec ses voisins, y compris la Russie

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La carte chinoise controversée, dans une librairie de Pékin, le 1er septembre 2023.

La Chine chercherait-elle à profiter des déboires de la Russie, sous sanctions internationales et empêtrée dans sa guerre en Ukraine, pour lui grignoter quelques dizaines de kilomètres carrés ? Lundi 28 août, le ministère des ressources naturelles a publié l’édition 2023 de la « carte nationale de la Chine », un document officiel qui fait désormais référence en matière de « souveraineté nationale ». Or, à l’extrême nord-est du pays, la Chine semble avoir fait sienne l’île de Bolchoï Oussouriisk.

Située au confluent des fleuves Amour et Oussouri, cette île de 300 kilomètres carrés environ a longtemps été un sujet de contentieux entre les deux pays. En 1929, la Russie a occupé l’île et interdit à la Chine de naviguer sur cette partie du fleuve Amour, ce que Pékin a toujours contesté. En 2004 toutefois, les deux pays ont trouvé un compromis : l’ouest de l’île revenait à la Chine, qui pouvait également naviguer sur le fleuve Amour, mais, en contrepartie, Pékin acceptait que sa partie orientale revienne à la Russie.

Si la carte publiée sur le site du ministère n’est pas assez précise pour que la frontière apparaisse nettement, le ministère en a défini la « portée » : « La confluence des fleuves Heilongjiang [nom chinois de l’Amour] et Oussouri est tracée à l’est », est-il précisé. Or, cette confluence se trouve théoriquement en territoire russe. Par ailleurs, le moteur de recherche chinois Baidu Map n’indique pas le tracé de la frontière située au milieu de l’île, mais a inscrit explicitement en chinois sur la partie orientale de l’île « delta de Fuyuan », le nom du district chinois auquel est administrativement rattachée la partie occidentale de l’île. Interrogé par Le Monde, le ministère des ressources naturelles n’a pas répondu. Il ne semble pas que la Russie ait réagi.

En revanche, plusieurs autres pays limitrophes de la Chine ont officiellement protesté contre la publication de cette carte : l’Inde, la Malaisie, le Vietnam, les Philippines ainsi que Taïwan, qui, selon ce document, fait partie intégrante de la République populaire de Chine.

L’Inde a contesté que l’Etat d’Arunachal Pradesh et le plateau de l’Aksai Chin aient été inclus dans le document. Déjà, en avril, la Chine avait donné des noms chinois à une douzaine de sites situés dans l’Arunachal Pradesh, un des vingt-huit Etats qui composent l’Inde. « De telles initiatives de la partie chinoise ne font que compliquer la résolution de la question des frontières », a commenté un porte-parole du ministère indien des affaires étrangères. Peut-être est-ce en raison de ce différend que le président chinois, Xi Jinping, a décidé de ne pas se rendre au G20, qui se tient à New Delhi, les 9 et 10 septembre, laissant le soin à son premier ministre, Li Qiang, de représenter la Chine.

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