« Il n’est pas trop tard pour inventer le collège »

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Les politiques d’éducation surprennent toujours : elles alternent entre des constats confirmés d’échecs à changer le cours de choses (par exemple, en France, la prédestination sociale d’une proportion excessive d’élèves) et la multiplication de mesures qui vont d’éphémères gadgets à des discours d’autorité sûrs d’eux-mêmes.

Début 2023, le ministre de l’éducation Pap Ndiaye annonça vouloir faire une priorité du collège, décrit comme « l’homme malade du système ». Sa référence au tsar Nicolas Ier parlant de l’Empire ottoman comme de l’« homme malade de l’Europe » n’était d’ailleurs pas sans quelque imprudence en ce qu’elle désignait le reste du « système éducatif » comme sain…

Nous publions précisément un livre dans lequel, tout en étant réticents à cette habitude de traiter de la politique éducative « par appartements », nous nous demandons à nouveaux frais : « Mais qu’est-ce qui n’a pas marché pour le collège ? » Pourquoi, alors que cette ouverture du collège à l’ensemble de la population, rendue nécessaire partout dans le monde des années 1960, semble avoir débouché, dans la plupart des pays comparables à la France, sur des solutions consensuelles, en sommes-nous encore à ne pas nous accorder ?

En fait, le collège actuel, à sa mise en place, a pâti d’un sévère déficit de pensée. Quand, à la fin du XIXe siècle, a été mise en place l’école primaire, il y a eu un effort intellectuel sans précédent pour définir la nouveauté. Dans le cas du collège, on a cru pouvoir recopier la filière classique du secondaire en se dispensant d’inventer. Qu’il ne soit pas trop tard pour le faire est pourtant notre conviction.

Des savoirs muets sur leurs finalités

Une question préalable ne peut être éludée : celle non pas de savoir si on veut ou non le « collège unique », mais si on veut ou non garder un collège « séparateur », c’est-à-dire dont la fonction principale, en France, est bien d’organiser avant la fin de troisième la grande séparation du public scolaire. Entre un public destiné à un enseignement « général » et un public « orienté », souvent contre son gré, vers l’enseignement professionnel. On avait au début du XXe siècle une école (primaire) du peuple et une école (secondaire) de l’élite sociale : il est curieux de voir que le collège actuel, en troisième, cultive toujours le même schéma ! Cette grande séparation est, en outre, bien plus prédestinée socialement, et surtout définitive, que dans bien des pays. En faisant des propositions pour décharger le collège de sa fonction centrale de sélection excluante, et rendre ainsi plus de temps aux apprentissages des savoirs, c’est une première révolution que nous proposons.

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