En Russie, une augmentation des impôts pour faire face au coût de la guerre

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Le ministre russe des finances, Anton Siluanov, participe à une session du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) à Saint-Pétersbourg, le 16 juin 2022.

Le gouvernement russe devrait sans surprise approuver, jeudi 30 mai, une augmentation des impôts proposée la veille par le ministère des finances. Une telle réforme, sur fond d’augmentation des dépenses liées à la guerre en Ukraine, avait été évoquée par Vladimir Poutine en début d’année, mais le président a finalement attendu sa réélection, le 17 mars, pour la mettre en œuvre. Elle devrait être adoptée probablement dès le 3 juin par la Douma, avant son départ en vacances le 5 août.

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Le point le plus remarqué est la hausse des impôts sur les revenus des plus riches. Le barème précédent ne contenait que deux taux applicables aux personnes physiques et non aux foyers : 13 % d’imposition jusqu’à 5 millions de roubles (50 000 euros) de revenus annuels ; 15 % au-delà. Au cours de l’année fiscale 2025, trois nouveaux paliers seront introduits, à 18 %, 20 % et 22 %, dans ce dernier cas pour les personnes gagnant plus de 50 millions de roubles (500 000 euros).

Cette réforme, qui ne devrait avoir de conséquences que pour environ deux millions de contribuables, est jugée relativement douce. Il y a encore un mois, les fonctionnaires du ministère des finances envisageaient une hausse d’impôts s’appliquant à partir d’un million de roubles de revenus (10 000 euros). Le revenu médian s’établissait en Russie en 2023 à 40 123 roubles, soit 400 euros.

Cette orientation confirme la prudence extrême du pouvoir russe en période de conflit militaire, et notamment face aux couches les plus modestes qui forment le cœur de son soutien. Les participants à « l’opération militaire spéciale » en Ukraine sont de leur côté exemptés de toute hausse.

« Justice sociale »

Ces derniers mois, Vladimir Poutine a fréquemment insisté, dans ses discours, sur le besoin de « justice sociale », allant jusqu’à faire explicitement le lien, en avril, avec la « stabilité politique ». L’augmentation pour les plus riches, elle, est d’autant plus aisée à faire passer que la guerre en Ukraine s’est accompagnée d’un mouvement de retour des capitaux. L’Europe n’étant plus considérée comme un havre sûr, les plus aisés n’ont eu d’autre choix que de rapatrier leurs actifs. La hausse des impôts est toutefois limitée aux salaires, et non aux dividendes, ce qui amenuise son impact.

La partie la plus significative de la réforme, en termes de revenus nouveaux pour l’Etat, concerne l’impôt sur les bénéfices des entreprises. Le principe d’une flat tax (impôt forfaitaire) est maintenu, mais celle-ci passe de 20 % à 25 %. A elle seule, cette augmentation doit rapporter l’équivalent de 16 milliards d’euros en 2025, sur un total pour l’ensemble de la réforme évalué à 26 milliards d’euros.

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