« Emmanuel Macron est-il devenu fou ? »

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Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée, à Paris, le 9 juin 2024.

« Pari au risque élevé », « jeu avec le feu politique », « un référendum pour l’exécutif français »… En prononçant la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue d’élections législatives anticipées le 30 juin et le 7 juillet, le président de la République, Emmanuel Macron, a provoqué un séisme dans la vie politique française, dont les secousses se sont propagées jusque dans les colonnes de la presse internationale.

Outre-Rhin, alors que la coalition du chancelier Olaf Scholz ressort affaiblie du scrutin européen, Die Zeit qualifie la décision du président français de « jeu dangereux ». « Emmanuel Macron est-il devenu fou ? A-t-il perdu son sang-froid et livre-t-il désormais son pays à Marine Le Pen ? Ou le président français pense-t-il sérieusement pouvoir réussir dans les trois prochaines semaines ce qu’il n’a pas réussi à faire au cours des dernières années, à savoir stopper la montée de l’extrême droite ? », s’interroge l’hebdomadaire politique allemand de référence, surpris de la décision présidentielle.

Alors que Die Zeit parle de « défaite cuisante » du camp présidentiel (15,2 % des suffrages contre le double pour la liste Rassemblement national menée par Jordan Bardella) et que le quotidien espagnol El Pais décrit une « humiliation électorale », The Guardian qualifie les résultats du scrutin européen de « défaite humiliante » pour le président français. Dans son éditorial, le quotidien britannique estime qu’Emmanuel Macron « joue avec le feu politique » en prenant une « décision étonnamment risquée » dont l’issue sera scrutée par le Vieux Continent. « Dans le contexte de la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine (…), M. Macron s’est montré un défenseur (…) d’une Europe plus puissante, plus unie et plus affirmée. Il a maintenant choisi de s’en prendre à Mme Le Pen, qui a un historique de sympathies pro-Poutine et aspire à perturber l’Union européenne de l’intérieur (…). Une compétition fatidique se profile non seulement pour la France, mais pour l’Union européenne dans son ensemble. »

Le quotidien belge Le Soir essaie d’expliquer « l’énorme coup de théâtre » par une volonté du chef de l’Etat de prendre de vitesse le RN. « Emmanuel Macron espère que le RN n’aura pas le temps de trouver des candidats crédibles partout dans le pays. Il mise aussi sur les divisions de la gauche [et] anticipe aussi une séquence qui s’annonçait très difficile à l’automne », mettant en avant les blocages autour du budget. Le Soir ne manque pas de rappeler que M. Macron avait assuré, avant le scrutin, qu’il ne tirerait aucune leçon nationale du scrutin. « Une stratégie très risquée. Ça passe ou ça casse », résume le journal belge.

« Trois ans de cohabitation conduiront Le Pen à s’épuiser »

Si la presse internationale tente de saisir les raisons du choix d’Emmanuel Macron, l’hypothèse d’une cohabitation ne lui échappe pas. L’influent quotidien turinois libéral La Stampa explore le stratagème qui viserait à consumer le RN au contact du pouvoir : « Trois ans de cohabitation (épuisante) entre Macron et l’extrême droite conduiront aussi Le Pen et ses partisans à s’épuiser. A devoir abandonner leurs tons d’opposants pour endosser ceux, souvent bien plus inconfortables, d’institutions responsables. » L’objectif serait aussi de « préserver le seul homme en qui Macron a vraiment confiance en ce moment et dans lequel il pourrait investir pour l’avenir, son jeune premier ministre, Gabriel Attal », avec l’élection présidentielle de 2027 en ligne de mire.

Un scénario repris par Le Temps. Dans son éditorial, le quotidien suisse essaie de comprendre l’objectif de la manœuvre d’Emmanuel Macron. Une fois installé à Matignon, l’« incompétence [du RN] sera alors visible, spectaculaire, indéniable. Depuis la dernière élection présidentielle, le RN mise tout, en effet, sur la discrétion et évite toute polémique, quitte à ne pratiquement jamais s’exprimer sur le fond des dossiers les plus compliqués ». Un stratagème cynique « extrêmement dommageable (…). Avec un programme RN jugé irresponsable, ne serait-ce qu’en termes budgétaires, le prix de ce coup de poker serait énorme ». En mentionnant la popularité de l’ancien président américain, Donald Trump, Le Temps rappelle que la pratique du pouvoir par des populistes ne garantit en rien de futurs échecs électoraux.

De l’autre côté de l’Atlantique, The Washington Post résume le choix d’Emmanuel Macron comme « un pari au risque élevé », avec des élections législatives anticipées qui seront le « référendum de l’exécutif français ». A en croire l’influent quotidien de la capitale américaine, la France est comme « un champ de bataille épique entre le centre et l’extrême droite », à l’approche des Jeux olympiques et sous la menace d’attaques terroristes, dans un contexte de tensions avec la Russie.

Justement, le grand quotidien russe Izvestia inscrit le choix d’Emmanuel Macron dans un contexte historique en titrant : « Dans l’ombre de De Gaulle : le Parlement a été dissous en France. » Le journal explique que le choix d’Emmanuel Macron de faire du conflit ukrainien un enjeu du scrutin européen l’a desservi. En Ukraine, The Kyiv Independant relève que « [Marine] Le Pen a un bilan mitigé sur la Russie, ayant soutenu à plusieurs reprises la Russie et Vladimir Poutine avant le début de [la guerre] » et se remémore l’emploi du mot de « rattachement » de la Crimée à la Russie, lors d’une commission parlementaire en mai 2024.

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