Du petit vendeur de thé au chef religieux, les métamorphoses de Narendra Modi pour séduire les Indiens

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Photographie du premier ministre indien, Narendra Modi,  chez un vendeur de feuilles de bétel, le 27 mai,  à Bénarès.

Pappu est un homme nanti, son échoppe de poche dans un quartier grouillant de Bénarès ne désemplit pas du matin au soir. Les journalistes de toute obédience s’y pressent pour aller, à la veille des élections générales, sonder l’opinion des clients venus déguster son chaï ou son thé à la menthe et aux agrumes. Aux murs, le vendeur de thé a affiché ses trophées : des photos de lui avec Narendra Modi. Le premier ministre indien, qui prétend avoir fait le même métier que lui, enfant, pour aider son père dans son village de Vadnagar, dans le Gujarat, a assuré le succès de la boutique depuis son passage lors d’une campagne précédente.

En 2014, le mythe du petit vendeur de thé, de l’autodidacte issu de la modeste caste des ghanchis, les presseurs d’huile, et la promesse d’un développement pour tous avaient assuré l’accession au pouvoir de Narendra Modi face à la dynastie des Nehru-Gandhi, famille de privilégiés usée par trop d’années au pouvoir, par des scandales de corruption et un parfum de népotisme. « Acche din aane waale hain », « les bons jours arrivent », promettait-il aux électeurs.

Dans les habits du protecteur de la nation

Narendra Modi, qui n’avait aucune expérience au niveau national, seulement celle de chef du gouvernement du Gujarat de 2001 à 2014, fut considéré par les instances du Bharatiya Janata Party (BJP), un parti de hautes castes, comme l’homme capable de transcender les barrières de castes et d’élargir la base du parti safran. L’image continue de fonctionner. Dans les rues de Bénarès et d’ailleurs, ses partisans louent encore « l’homme du peuple ». « Modi, c’est un dirigeant qui pense aux gens modestes comme moi, il est fraternel. Pas comme les autres, qui ne pensent qu’aux intérêts de leur famille politique », assure Shankar Sahni, 34 ans, un vendeur ambulant d’idlis, spécialités indiennes à base de riz.

Lors des législatives de 2019, c’est une autre image qui l’avait emporté : celle de l’homme fort. Fragilisé par le fiasco de l’opération de démonétisation des billets de 500 et 1 000 roupies lancée brutalement en 2016, qui avait considérablement affecté les pauvres et les travailleurs de l’économie informelle payés en liquide, Narendra Modi l’avait finalement emporté grâce à sa réaction à l’attentat suicide de Pulwama au Cachemire, commis contre l’armée indienne par des terroristes pakistanais, deux mois avant l’ouverture des bureaux de vote.

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Le candidat, premier ministre, avait alors investi les habits du protecteur de la nation en lançant des frappes chirurgicales à Balakot, en territoire pakistanais, censé abriter un camp d’entraînement du groupe islamiste Jaish-e-Mohammad. Il l’avait emporté dans les urnes, réalisant, contre toute attente, un résultat supérieur à celui de 2014. Le patriotisme avait relégué au second plan les questions de chômage et de croissance.

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