Dans le Morbihan, les arbres-concessions pourront continuer à pousser

2902


Christian Huc, devant le chêne où reposent les cendres de sa femme et de sa belle-mère, à Pluneret (Morbihan), le 15 mars 2024.

Au chant des oiseaux se mêle le souffle du vent de mars. Il fait bruisser les branches des oliviers, des pins, des chênes… un millier d’arbres de taille moyenne parfois sertis de guirlandes et de bibelots pour marquer le souvenir des âmes qui reposent à leur pied. « Cela ne peut pas être plus beau », s’émeut Luc Chantal en admirant le paysage plongeant sur la rivière du Bono, à Pluneret (Morbihan). Le comptable à la retraite, tombé sous le charme des lieux, a choisi Les Jardins de mémoire pour mettre en terre, sous un magnolia, les cendres de deux proches. Aujourd’hui, le sexagénaire aux cheveux blancs immaculés peut enfin souffler : ce site cinéraire arboré si singulier ne va pas être liquidé comme la société privée qui le possédait.

Christian Huc et Jean-Luc Gicquel, eux aussi propriétaires d’arbres à Pluneret, se souviennent parfaitement du jour où ils ont appris, en février 2020, la liquidation de la SARL. En arpentant le cadre champêtre des Jardins avec leur ami Luc Chantal, ils se remémorent les débuts de leur mobilisation pour éviter que le site, qui menaçait de devenir une friche à force de mauvaise gestion, ne ferme. « On s’est rencontrés pour la première fois dans un bistrot. On ne se connaissait pas, mais on s’est dit qu’il fallait créer un collectif pour éviter la ­disparition du lieu », se rappelle l’imposant Jean-Luc Gicquel, 70 ans, dans sa doudoune rouge trop grande pour lui.

L’association des propriétaires d’arbres Les Jardins de mémoire est née quelques jours plus tard, en mars 2020, avec Luc Chantal comme président et Jean-Luc Gicquel comme secrétaire. Grâce à leur action, les familles peuvent rester détentrices de leur arbre et responsables de leur entretien à raison de 150 euros d’adhésion annuelle à leur association.

Jean-Luc Gicquel, secrétaire de l’association Les Jardins de mémoire, devant l’olivier planté en souvenir de deux de ses petits-enfants, à Pluneret (Morbihan), le 15 mars 2024.

Le chemin a été long pour parvenir à ce résultat. Aucun registre ne listait les mille deux cents défunts présents et les quelque huit cents propriétaires, qui avaient pourtant payé entre 3 000 et 4 500 euros l’arbre-concession, sous lequel sont enfouies une ou plusieurs urnes biodégradables. S’ajoutaient à cette coquette somme 144 euros annuels d’entretien. Le vaste inventaire s’est terminé en mars. Certains végétaux ne portaient même pas de plaque ou de nom. « Il nous a fallu six mois et plus de quatre mille six cents heures de travail pour en venir à bout », estime Christian Huc.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Rites funéraires et environnement : le vert est dans la tombe

Près de deux cents arbres restent aujourd’hui inoccupés sur la parcelle. Les concessions libres et leur entretien ainsi que celui des communs reviendront désormais à la municipalité de Pluneret, comme la loi le réclame. « D’ici à la fin de l’année », espère, prudent, son maire, Franck Vallein (divers droite), qui relève en passant « qu’il y a très peu de Plunerétains qui reposent sur le site et que ce sont pourtant leurs impôts qui seront mis à contribution ».

Il vous reste 49.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link