« Ce procès historique est celui de la dernière chance pour obtenir justice »

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Le 7 mai aura lieu un procès digne d’un combat de David contre Goliath : Tran To Nga, âgée de 82 ans, assigne en justice quatorze multinationales agrochimiques, dont la célèbre Monsanto, pour avoir produit et commercialisé l’« agent orange », un herbicide employé comme arme chimique par l’armée des Etats-Unis durant la guerre du Vietnam.

Ce procès historique est celui de la dernière chance pour obtenir justice et permettre aux victimes d’envisager la reconstruction individuelle et collective, près de cinquante ans après la fin du conflit.

Toxicité du produit connue dès 1957

Tran To Nga a déposé plainte en 2014 au tribunal judiciaire d’Evry, où elle réside, accompagnée de ses avocats Me William Bourdon, Me Bertrand Repolt, et Me Amélie Lefebvre. Reprenant les arguments des sociétés incriminées, le parquet a rendu sa décision en 2021 : il s’est déclaré incompétent à juger du fond de l’affaire. Ses avocats ont alors fait appel de cette décision.

L’affaire est reconduite devant la cour d’appel de Paris trois ans plus tard. Si les sociétés incriminées plaident l’« immunité de juridiction » parce qu’elles n’auraient fait que répondre à l’appel d’offres d’un Etat, cet appel d’offres n’imposait en rien la présence de dioxine.

Par ailleurs, la toxicité du produit était connue des fabricants dès 1957. Les épandages d’herbicides ont commencé en 1961, dont l’« agent orange », massivement déversé dès 1965. S’il y a eu des réquisitions par les Etats-Unis, elles n’ont eu lieu qu’à partir de 1967, soit six ans après le début des épandages.

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Tran To Nga était résistante et journaliste pour le Front national de libération (FNL). C’est à Cu Chi, haut lieu de la résistance, qu’elle a subi à 24 ans les épandages d’« agent orange », défoliant déversé par les avions de l’armée des Etats-Unis. L’objectif était de débusquer et d’affamer les résistants et résistantes cachés dans la forêt en faisant tomber les feuilles des arbres et en détruisant les terres agricoles.

La quatrième génération touchée

L’« agent orange » tient son nom de la couleur du bandeau peint sur les barils signalant son « exceptionnelle toxicité », selon les mots de Dow Chemical. La concentration de la dioxine, sa composante cancérigène et tératogène, a été volontairement surdosée à des fins mortifères et lucratives.

Ce poison « insidieux, silencieux, invisible » et ses effets ont détruit et détruisent encore aujourd’hui les terres et les corps. Près d’une vingtaine de maladies liées à la dioxine ont été reconnues par les Etats-Unis, parmi lesquelles le cancer du poumon, la chloracné, le diabète de type 2, etc. La malédiction de l’« agent orange » se perpétue et touche désormais la quatrième génération.

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