Taïwan, l’île devenue capitale mondiale de l’industrie du vélo

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Le cycliste sur piste taïwanais Po-Hung Wu présente le vélo Merida de quatrième génération « Reacto », le 14 août 2020 à Taipei.

« Vous avez vu ? La tour Giant a la même forme que Taïwan. » Au pied du siège social du numéro un mondial du vélo, à Taichung, Sherry Tsou, qui travaille pour le Musée du cycle, montre le sommet du bâtiment. Elle salue le travail de l’architecte star Joshua Jih Pan et le symbole : l’île n’a pas seulement donné naissance à TSMC, le géant mondial de l’industrie des semi-conducteurs, ces puces sans lesquelles nos téléphones portables, nos ordinateurs ou nos voitures ne fonctionneraient pas. Elle abrite aussi les numéros un et deux mondiaux du vélo, Giant et Merida (connu en Europe sous la marque Centurion). Et, derrière eux, une myriade de fournisseurs, eux aussi leaders de leur spécialité : chaîne, selle, éclairage, freins, dérailleurs, batteries…

Depuis un demi-siècle, dans une relative discrétion, Taïwan s’est imposée comme l’île du vélo, parvenant au fil des ans à s’adapter à la concurrence des pays à plus bas coût, contrairement à l’Europe ou aux Etats-Unis qui ont laissé filer leur industrie du cycle. Au total, ce sont neuf cents entreprises, beaucoup de PME familiales, qui se partagent la chaîne de valeur du secteur, emploient plus de 32 000 personnes et envoient des pièces dans le monde entier. Elles sont regroupées autour de Taichung, deuxième ville du pays avec plus de 2,8 millions d’habitants, au centre-ouest de l’île.

La moitié des fournisseurs sont concentrés au sud de la métropole, à Changhua, autour de Merida. L’autre moitié est au nord, près de l’usine historique de Giant. En 1992, Decathlon s’est installé à équidistance entre ces deux pôles, au cœur de l’écosystème, pour devenir à son tour un poids lourd et un centre d’excellence du vélo. L’entreprise française est aujourd’hui l’un des plus gros clients des industriels taïwanais, mais pas seulement : Jean-François Guislain, qui dirige Decathlon à Taichung, règne sur dix-neuf magasins, en plus du bureau de production.

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Le vélo n’est pourtant pas une invention taïwanaise, ni même une tradition. Le Musée du cycle créé par Yang Liu, aussi appelé King Liu, le fondateur de Giant, rend à César ce qui est à César : les deux-roues les plus anciens qui y sont exposés sont européens. On y voit par exemple la draisienne – vélo sans pédales – conçue en 1817 par le baron allemand Karl Drais von Sauerbronn. Le parcours se poursuit avec un vélo de facteur venant du Japon. « Dans les années 1960, on importait encore les bicyclettes de ce pays », explique Mme Tsou.

Après le choc pétrolier, le marché a décollé

L’industrie s’est développée au cours de la décennie suivante et s’est vite tournée vers l’export. En 1972, King Liu a fondé le groupe Giant, et Ike Tseng, son concurrent, a créé Merida. Au bon moment : après le choc pétrolier de 1973, le marché a décollé. « Il a connu un pic en 1986-1987, avec plus 10 millions de vélos produits par an à Taïwan », rappelle Yucheng Cheng, directeur de production chez Decathlon. C’est d’ailleurs à cette période que l’enseigne du nord de la France a dessiné son premier modèle et s’est lancée sur le marché.

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