situation humanitaire catastrophique à Gaza, nouvelle impasse en vue à l’ONU

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Des cerfs-volants volent au-dessus de Rafah alors que de la fumée s’élève à la suite d’un bombardement israélien sur Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza le 20 février 2024, au milieu de batailles continues entre Israël et le Hamas.

Des frappes israéliennes meurtrières ont visé, mardi 20 février, la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste catastrophique, notamment dans la ville de Rafah, menacée d’une offensive terrestre par Israël, au moment où une nouvelle impasse se profile au Conseil de sécurité de l’ONU quant à un possible cessez-le-feu. Des frappes ont notamment visé Khan Younès, à quelques kilomètres au nord de Rafah, selon un journaliste de l’Agence France-Presse, où les soldats israéliens traquent les combattants du Hamas au milieu des ruines.

Près d’un million et demi de personnes, selon l’ONU, sont massées à Rafah, située dans le sud du territoire palestinien contre la frontière fermée avec l’Egypte, dont la population a été multipliée par six depuis le début de la guerre, le 7 octobre, entre Israël et le Hamas.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a annoncé une prochaine offensive sur la ville surpeuplée, visée quotidiennement par des frappes israéliennes, afin de vaincre le mouvement islamiste palestinien dans son « dernier bastion » et libérer les otages retenus à Gaza. « Le monde doit empêcher l’invasion de Rafah. Rafah est devenue un réservoir explosif et son invasion signifierait des milliers de morts », a affirmé, de son côté, mardi le premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh.

Une offensive armée israélienne au sol sur Rafah transformerait cette ville du sud de la bande de Gaza en « cimetière », a affirmé mardi la patronne de l’antenne américaine de Médecins sans frontières. « Les conséquences d’une attaque de grande ampleur sur Rafah sont vraiment inimaginables », a renchérit la directrice exécutive de l’association, Avril Benoit, lors d’une conférence de presse en ligne aux côtés notamment d’Oxfam, de Refugees International, et d’Amnesty International.

Mardi, le ministère de la santé du Hamas a annoncé que les bombardements sur Gaza avaient fait 103 morts en vingt-quatre heures, et 29 195 depuis le 7 octobre. Et, selon un bilan de l’Agence France-Presse reposant sur des chiffres officiels israéliens, la guerre a fait environ 1 160 morts en Israël.

L’OMS a transféré 32 patients de l’hôpital Nasser de Khan Younès

Après avoir essuyé deux refus d’accès, le personnel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pu remplir deux missions dimanche 18 février et lundi : transférer 32 patients en état critique – dont deux enfants – hors de l’hôpital assiégé Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, vers d’autres établissements et hôpitaux de campagne dans ce territoire. Ils ont également apporté un faible stock de médicaments essentiels et de nourriture aux patients et au personnel.

Dans son communiqué, l’OMS s’inquiète, mardi, pour les autres patients et le personnel toujours dans l’hôpital Nasser. Quelque 130 patients, des blessés ou des malades, y seraient toujours avec au moins 15 médecins et infirmiers. Les soldats israéliens y sont entrés jeudi, sur la base de renseignements selon lesquels des personnes y sont otages, a déclaré l’armée israélienne.

« Le démantèlement et la dégradation du complexe médical Nasser constituent un coup dur porté au système de santé [de la bande de Gaza] », a ajouté l’OMS, soulignant qu’il « n’y a ni électricité ni eau courante et les déchets médicaux et les ordures créent un terrain propice aux maladies ».

L’OMS a qualifié d’« indescriptibles » les conditions sur place. L’unité de soins intensifs ne fonctionne plus, et le personnel de l’OMS a transféré le seul patient restant en soins intensifs dans une autre partie du complexe. Dans son communiqué, « l’OMS craint pour la sécurité et le bien-être des patients et des agents de santé toujours à l’hôpital et prévient qu’une nouvelle interruption des soins vitaux pour les malades et les blessés entraînerait plus de morts ».

Le chef du Hamas au Caire pour discuter une nouvelle trêve

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, est arrivé mardi au Caire pour discuter d’une nouvelle trêve à Gaza. Le chef du bureau politique du Hamas, sis au Qatar, « discutera avec des responsables égyptiens de la situation politique et sur le terrain », précise dans un communiqué le Hamas. La délégation va également discuter des « efforts visant à mettre fin à l’agression, à soulager les citoyens et à atteindre les objectifs du peuple palestinien », selon le communiqué.

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Malgré une multitude de réunions avec les négociateurs d’Israël et du Hamas la semaine dernière, les médiateurs égyptiens, qataris et américains n’ont pas progressé dans leurs efforts pour mettre un terme à plus de quatre mois de guerre.

L’aide humanitaire toujours insuffisante

Les rapports des organisations humanitaires sont de plus en plus alarmants sur la situation dans la bande de Gaza, dévastée et assiégée par Israël, où 2,2 millions de personnes sont menacées de famine, selon l’ONU. Les denrées alimentaires et l’eau potable sont devenues « extrêmement rares » à Gaza, selon les agences de l’ONU, qui s’inquiètent d’une hausse considérable et imminente du nombre de décès d’enfants.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a suspendu à nouveau mardi la distribution de son aide dans le nord du territoire, en proie « au chaos et à la violence ». Dimanche, un convoi faisant route vers la ville de Gaza « a été cerné par une foule de gens affamés ». Les personnels du PAM sont parvenus à repousser les assaillants tentant de monter à bord des camions avant d’« essuyer des tirs » dans Gaza. Et lundi, plusieurs camions « ont été pillés » entre les villes de Khan Younès et Deir Al-Balah, et un chauffeur a été molesté.

L’aide humanitaire, toujours insuffisante, entre dans la bande de Gaza essentiellement par Rafah via l’Egypte, mais son acheminement vers le nord est rendu quasi impossible par les combats et les destructions.

Veto américain au Conseil de sécurité de l’ONU sur un cessez-le-feu « humanitaire immédiat »

Malgré la pression internationale pour atténuer leur soutien à Israël, les Etats-Unis ont de nouveau empêché, mardi 20 février, le Conseil de sécurité de l’ONU d’exiger un cessez-le-feu « immédiat » à Gaza, faisant circuler un texte alternatif sur une éventuelle trêve sous conditions.

Le projet de résolution, qui exigeait « un cessez-le-feu humanitaire immédiat qui doit être respecté par toutes les parties », a recueilli treize voix pour, une abstention (Royaume-Uni) et une contre, le troisième veto américain depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. Le texte s’oppose au « déplacement forcé de la population civile palestinienne » alors qu’Israël a évoqué une évacuation des civils avant une offensive à Rafah.

Les Etats-Unis, alliés d’Israël, ont mis un veto à ce texte, estimant qu’il mettrait en danger les délicates négociations diplomatiques en vue d’une trêve. Ils ont présenté un autre projet qui évoque un « cessez-le-feu temporaire à Gaza dès que ce sera réalisable » et sur la base d’une « formule » incluant la libération de tous les otages. Ce projet prévient aussi qu’« une offensive terrestre d’ampleur » sur Rafah « ne devrait pas avoir lieu dans les conditions actuelles ».

L’ambassadeur palestinien à l’ONU a qualifié ce veto « irresponsable et dangereux » de la part des Etats-Unis. « Le message envoyé aujourd’hui à Israël par ce veto est qu’ils peuvent continuer à faire n’importe quoi en toute impunité », a lancé Riyad Mansour, dénonçant le « bouclier » fourni par les Américains à Israël. « La position américaine est un feu vert à l’occupation [israélienne] pour commettre plus de massacres (…). Cela ne fera qu’accroître la souffrance de notre peuple », a, pour sa part, déclaré le mouvement Hamas dans un communiqué.

Le Monde avec AFP



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