Recherche : l’art difficile du mentorat

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Vie des labos. Le 19 mars, la revue scientifique britannique Nature a remis, lors d’une cérémonie au Collège de France, trois prix à des chercheuses et chercheurs français, pour une activité méconnue, le mentorat. Le terme désigne l’accompagnement, plus ou moins formel, d’un doctorant ou postdoc par un collègue plus expérimenté, pour le guider ou le conseiller dans sa carrière, le soutenir psychologiquement à certains moments, ou encore témoigner de son expérience, notamment lors de situations d’échec…

Même si les définitions sont floues, la fonction est différente de celle d’un « coach » ou d’un « superviseur » (qui a une relation hiérarchique). « Sans mentorat, on ne peut pas faire de bonne recherche », explique au Monde Magdalena Skipper, directrice depuis 2018 de Nature, qui a créé ce prix en 2005.

L’activité de mentorat est souvent assurée par le ou la responsable de la thèse, mais certains programmes proposent des personnes extérieures pour l’exercer – une forme d’intervention peu répandue. En France, l’association Femmes & Science a ainsi « mentoré » plus de 800 doctorantes, depuis 2015, grâce à son réseau de volontaires, qui assurent des rencontres régulières en binôme, ou témoignent de leurs parcours. Des ateliers, par exemple sur les entretiens d’embauche, complètent le dispositif.

La recherche, une activité collective

Sorbonne Université a aussi son programme, auquel appartient l’une des lauréates, Marie-Emilie Terret, directrice de recherche à l’Inserm et cheffe de groupe au Centre de recherche interdisciplinaire en biologie au Collège de France. « Les bénéfices vont dans les deux sens. Les mentorés m’apportent aussi beaucoup. J’en tire de la force, a-t-elle témoigné lors de la remise du prix. Leur avenir compte pour moi autant que mes résultats de recherche. »

Son colauréat, Daniel Schulz, directeur de recherche au CNRS et à l’Institut des neurosciences de Paris-Saclay, va même plus loin en déclarant : « Ma plus grande contribution à la science a été l’accompagnement. » Enfin, le troisième prix, Fabien Lotte, directeur de recherche à l’Inria de l’université de Bordeaux, regrette « la faible reconnaissance de cette activité dans les carrières ». « On ne voit pas assez la recherche comme une activité collective, une équipe sportive », a souligné dans son discours Magdalena Skipper, soucieuse que ce prix promeuve une vision « positive de la culture de la recherche ».

Les trois primés, sélectionnés sur un dossier constitué des longues lettres de cinq « mentorés », ont listé quelques-unes des qualités requises. La bienveillance, l’écoute, la mise en place d’un bon climat, faire des retours positifs ou négatifs, mettre au centre ce que les personnes veulent…

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