Pour la liberté d’informer à Gaza

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La guerre fait rage depuis six mois à Gaza et ce conflit entre Israël et le Hamas, déclenché par des attaques d’une ampleur sans précédent sur le territoire israélien, bouleverse l’ordre régional, sur le plan sécuritaire, géopolitique et commercial. Le monde, à juste titre, s’inquiète et braque une nouvelle fois son regard sur cette partie du Proche-Orient.

Mais cette tragédie inédite souffre d’un contexte lui aussi inédit. Depuis six mois, faute d’autorisation délivrée par Israël, aucun journaliste étranger n’a pu pénétrer dans la bande de Gaza (à l’exception d’une journaliste de CNN, entrée avec une ONG émiratie par l’Egypte) autrement que sous la supervision et le contrôle strict de l’armée israélienne.

De ce fait, témoigner de la réalité de la situation humanitaire catastrophique provoquée par les opérations militaires israéliennes et les entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire demeure pour les médias internationaux un défi journalistique difficilement compatible avec le droit à une information juste et plurielle garanti par les régimes démocratiques. Arguant que la présence de journalistes susceptibles d’indiquer les positions des soldats israéliens dans l’enclave pourrait mettre en danger les militaires, la Cour suprême israélienne a rejeté en janvier une pétition de l’Association de la presse étrangère (FPA) demandant l’accès libre à Gaza.

Pour couvrir le conflit en cours et ses conséquences dramatiques dans la bande de Gaza, les journalistes étrangers dépendent donc depuis six mois d’échanges à distance avec des Gazaouis ou des humanitaires impliqués sur le terrain, et d’images envoyées par des confrères palestiniens ou des citoyens, eux-mêmes directement affectés par la guerre. A contrario, l’accès à l’information, aux témoins, aux responsables politiques ou militaires, côté israélien, est librement garanti, voire organisé, par les autorités.

Cette situation ne peut pas durer. Le gouvernement israélien doit permettre l’accès des médias du monde entier à l’enclave palestinienne, afin que les journalistes puissent faire leur travail, comme ils le font sur d’autres théâtres de guerre. Il revient aux rédactions, et non aux autorités de l’un des belligérants, de décider d’envoyer ou non des reporters sur place, après évaluation du danger. Il en va du droit à la liberté d’informer sur un conflit qui marquera durablement l’histoire de ce début de siècle.



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