L’Europe cherche sa voie, ébranlée par l’essor du protectionnisme

3281


Lors d’une manifestation en marge du conseil de l’agriculture et de la pêche à Bruxelles, le 26 mars 2024.

Inspirée par le modèle allemand, l’Union européenne (UE) a longtemps été fière de son ouverture au monde, revendiquant son attachement aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, et faisant des échanges avec les pays tiers l’un des moteurs de sa prospérité. Aujourd’hui, face à l’effondrement du multilatéralisme et à l’essor des protectionnismes, ses repères ont explosé.

L’Europe cherche sa voie, tiraillée entre des Etats membres, à commencer par la France et l’Allemagne, dont les intérêts peuvent diverger, et des impératifs contradictoires. Elle cherche une croissance qui se trouve en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, mais elle veut réduire ses émissions de CO2, ce qui l’oblige à être vigilante sur les conditions dans lesquelles elle commerce. Elle doit aussi réduire ses dépendances, c’est-à-dire être plus autonome tout en diversifiant ses sources d’approvisionnement.

A Washington, à Pékin, à New Delhi ou à Brasilia, on observe avec inquiétude ce qu’il se passe à Bruxelles. « Le monde extérieur s’inquiète de la tendance croissante au protectionnisme au sein de l’UE », a résumé Mao Ning, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, le 10 avril.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés En Europe, le désarroi teinté de colère des territoires délaissés

Qu’en est-il vraiment ? Il faut d’abord dire que les deux premiers partenaires commerciaux de l’UE ne lui font pas de cadeau. Son plus gros fournisseur, la Chine, s’est imposé dans des secteurs à haute valeur ajoutée et la faiblesse de sa consommation intérieure la pousse à être très offensive en dehors de ses frontières, menaçant frontalement les industriels du Vieux Continent.

Quant aux Etats-Unis, le premier client de l’UE, ils ne cessent d’ériger de nouvelles barrières depuis la présidence de Donald Trump. Et, de ce point de vue, l’élection de Joe Biden n’a rien changé, comme l’a prouvé l’Inflation Reduction Act (IRA) et ses 369 milliards de dollars (344 milliards d’euros) de subventions pour les technologies vertes américaines. Outre-Atlantique, le marché est « verrouillé », a constaté Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, le 20 avril.

Du mal à conclure des accords de libre-échange

Ce n’est pas tout. Avec la pandémie de Covid-19, les Vingt-Sept ont violemment pris conscience qu’ils étaient à la merci d’une Chine qui peut soudainement arrêter de leur livrer masques et Doliprane. Ils ont découvert que les chaînes d’approvisionnement mondiales pouvaient s’interrompre du jour au lendemain. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, et la décision du Kremlin de leur couper le gaz les ont aussi exposés brutalement aux conséquences de leurs dépendances.

Il vous reste 80.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link