les rôles de Nicolas Sarkozy, de Ramzi Khiroun et de Nasser Al-Khelaïfi en question

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 Arnaud Lagardère, à Paris, le 17 février 2022.

Arnaud Lagardère a-t-il corrompu le Qatar, son premier actionnaire lorsqu’il était encore le puissant patron du groupe du même nom, propriétaire d’influents médias (Paris Match, Europe 1…), et du premier éditeur français Hachette ? C’est la question qui plane sur un dossier judiciaire sensible qui vaut à l’homme d’affaires et PDG de son groupe (provisoirement interdit de gérer par la justice), propriété de Vivendi, d’avoir été mis en examen, le 29 avril, par les juges d’instruction Virginie Tilmont et Marie-Catherine Idiart pour « achat de vote », « abus de biens sociaux et abus de pouvoirs » et « diffusion d’information donnant des indications fausses ou trompeuses pour agir sur le cours d’un instrument financier, manipulation de marché ».

Il est soupçonné d’avoir obtenu, au printemps 2018, le vote de Qatar Holding LLC, filiale du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) et alors principal actionnaire (13 % au capital et avec 19,5 % des droits de vote) de son groupe, en faveur des résolutions de la gérance (donc les siennes), en contrepartie d’une promesse faite aux Qataris : nommer Jamal Benomar, diplomate britanno-marocain proche de Doha, au conseil de surveillance de Lagardère SCA pour y représenter les intérêts de l’émirat.

Le fils de Jean-Luc Lagardère est mis en cause pour d’autres faits présumés. D’abord, pour s’être immiscé dans l’élection du conseil de surveillance, censé être un contre-pouvoir à la gérance, en participant à des négociations directes avec des responsables qataris. Ce que « la loi [lui] interdit », ont rappelé les magistrats instructeurs. Ensuite, pour avoir présenté publiquement M. Benomar aux actionnaires comme un membre prétendument « indépendant » du conseil de surveillance lors de sa cooptation, en septembre 2018, puis en 2019 lors d’une assemblée générale, au risque d’avoir lésé des actionnaires. Ce qui, là aussi, est passible de sanctions pénales.

Illustres intermédiaires

Des documents judiciaires, dont Le Monde a pris connaissance, révèlent que M. Lagardère n’est pas le seul à avoir joué un rôle, en coulisses, lors des négociations avec les Qataris. D’illustres intermédiaires pourraient ainsi se retrouver dans le viseur des magistrats pour avoir assisté l’homme d’affaires.

Parmi ces auxiliaires zélés, on trouve l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy, ami de M. Lagardère et proche du Qatar ; l’ancien porte-parole, directeur des relations extérieures et membre du comité exécutif de Lagardère, Ramzi Khiroun ; le patron qatari du Paris-Saint-Germain et administrateur de QIA, Nasser Al-Khelaïfi ; et Pierre Leroy, bras droit et directeur général historique d’Arnaud Lagardère et mis en examen, le 10 avril, dans ce volet pour « complicité d’achat de vote, d’abus de biens sociaux et d’abus de pouvoirs ».

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