l’Eglise orthodoxe, fidèle alliée du pouvoir et du Kremlin

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Un prêtre de l’Eglise orthodoxe, lors d’un service religieux célébrant la Pâque orthodoxe, à la cathédrale de la Trinité, à Tbilissi, le 5 mai 2024.

Pour faire passer sa loi controversée sur l’« influence étrangère », le gouvernement géorgien peut compter sur le soutien de l’Eglise orthodoxe dont les liens avec Moscou alarment les pro-européens du pays. Dans une déclaration publiée le 27 avril, le patriarcat est sorti de sa neutralité, prenant fait et cause pour la position du gouvernement. Il s’est positionné en faveur de cette nouvelle législation qui, inspirée d’une loi russe destinée à museler l’opposition au régime de Vladimir Poutine, contraint les organisations recevant plus de 20 % de leur financement de l’étranger à s’enregistrer en tant qu’« entité défendant les intérêts d’une puissance étrangère ».

Mettant en garde contre les idéologies « dangereuses » qui accentuent la polarisation de la société, critiquant « les ONG et les chaînes de télévision qui, financées par des capitaux étrangers, mènent des campagnes pour discréditer l’Eglise », le haut clergé géorgien a salué, dans son communiqué, le choix du gouvernement en faveur de « la protection des valeurs traditionnelles ».

Au-delà de la loi, la confrontation actuelle entre le Rêve géorgien, le parti au pouvoir, et les principaux acteurs de la société civile, s’avérera déterminante pour savoir si la petite république du Caucase maintient sa démocratie balbutiante ou si elle succombe au modèle autoritaire à la russe. « Il s’agit de choisir entre deux modes de vie, entre d’un côté les valeurs européennes, respectueuses de la dignité humaine, et de l’autre la vision russe du monde, basée sur l’expansionnisme, la guerre, la mort, la destruction. Personnellement, je suis pour l’Union européenne car ses aspirations me semblent plus proches des valeurs chrétiennes », explique le père Zaza, 65 ans, qui officie à l’église Saint-Nicolas, dans le quartier historique de Narikala à Tbilissi.

Résolument opposé à la loi, le prêtre soutient le mouvement de protestation qui s’est exprimé trois semaines durant, à Tbilissi et dans d’autres villes de Géorgie, et qui devrait reprendre lundi 13 mai, lorsque le Parlement examinera le texte en troisième lecture. « Cette loi est toxique, elle vise à fabriquer des “ennemis du peuple” comme pendant les purges de 1937. Si elle est adoptée, les médias indépendants vont disparaître, la moindre critique sera punie et les forces vives et éclairées de la société devront quitter le pays pour se forger un avenir ailleurs », prédit l’ecclésiastique, le regard sombre.

Sa position, il en a conscience, est ultraminoritaire. Sa hiérarchie ne la partage pas. Simple prêtre, il n’a jamais été très docile, ce qui lui a valu des blâmes et une pétition réclamant sa mise à l’écart, « mais je suis toujours là, auprès de mes paroissiens », dit-il avec un sourire malicieux.

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