le procès de la vendetta de Bastia-Poretta s’ouvre à Aix-en-Provence

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Le 5 décembre 2017, à 11 h 22, deux hommes s’effondrent à la sortie de l’aéroport de Bastia-Poretta, atteints par des tirs de kalachnikov. Le tireur, au visage dissimulé sous un masque de latex, sort une deuxième arme, un pistolet automatique, achève de deux balles dans la tête l’une des victimes et tire encore trois ou quatre balles sur l’autre. Une minute plus tard, il s’engouffre dans une Golf noire qui l’attend, moteur tournant. « C’est rien, c’est un film ! », lance le conducteur aux témoins. La première victime, Antoine Quilichini, 49 ans, dit « Tony le Boucher », meurt sur le coup. Il était venu accueillir son ami Jean-Luc Codaccioni, 54 ans, de retour de quelques jours de permission à Paris pour l’escorter en voiture blindée jusqu’à la prison de Borgo, au sud de Bastia. Jean-Luc Codaccioni décède quelques jours plus tard à l’hôpital.

Tous deux comptaient parmi les plus proches lieutenants de Jean-Luc Germani, le chef de l’un des deux clans qui se déchirent l’héritage de la Brise de mer, le célèbre gang mafieux né à Bastia à la fin des années 1970. Quelques jours plus tard, les frères Christophe et Richard Guazzelli, 26 et 28 ans, sont interpellés. Leur père, Francis, a été assassiné en 2009 et ils ont grandi avec la certitude que sa mort était signée du clan Germani. Christophe, le fils cadet, ancien joueur de football, est rapidement soupçonné d’être le tireur.

Le procès de cette vendetta s’ouvre lundi 6 mai devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence. Seize accusés sont renvoyés, le dix-septième, Jean-Louis Andreani, a été assassiné depuis. Aux côtés des frères Guazzelli figurent deux autres fils de « parrains » décédés de mort violente : Jacques Mariani, fils de Francis, 58 ans, et Ange-Marie Michelosi, 35 ans, qui porte le même prénom que son père. Une histoire commune qui leur vaut, chez les enquêteurs, le surnom de « clan des orphelins ».

« Le baiser de la mort »

Mais le personnage le plus déroutant de cette affaire n’est ni fils ou petit-fils de parrain corse, ni masculin, ni même originaire de l’île, mais féminin et… ex-agent pénitentiaire à la prison de Borgo. Commençons donc par celle vers laquelle vont se tourner tous les regards : Cathy Sénéchal, la « matonne » devenue l’héroïne de fiction du film Borgo, sorti le 17 avril au cinéma.

Cette mère de cinq enfants, âgée de 48 ans, assume crânement avoir donné « le baiser de la mort » à Jean-Luc Codaccioni, en allant le saluer à son arrivée à l’aéroport afin de permettre au tireur de l’identifier. « J’ai été engagée pour faire un travail et je l’ai fait », dit-elle, en reconnaissant l’avoir exécuté à la fois pour de l’argent – une « somme à six chiffres » lui avait été promise qu’elle n’a pas eu le temps de percevoir — mais surtout parce que « ça mettait du piquant dans [sa] vie ». « La Parisienne comme moi qui arrive en Corse, qui ne parle pas un mot de corse et qui rentre dans un truc comme ça, c’est fort quand même ! », a-t-elle confié aux enquêteurs.

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