Le Japon continue de développer la chasse à la baleine, activité marginale élevée au rang de fierté nationale

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Une baleine de Minke déchargée après une chasse à la baleine commerciale dans un port de Kushiro, dans la préfecture de Hokkaido (Japon), le 1er juillet 2019.

Non sans arrière-pensées politiques et malgré les critiques, le Japon va ajouter les rorquals communs à la liste des baleines pouvant être chassées à des fins commerciales. L’annonce a été faite jeudi 9 mai par le porte-parole du gouvernement, Yoshimasa Hayashi, qui a évoqué « une ressource alimentaire importante. Nous pensons qu’elle doit être exploitée de manière durable, comme toutes les autres ressources marines, sur des bases scientifiques. Il est également important de perpétuer la culture alimentaire traditionnelle du Japon ».

Le gouvernement a repris une proposition de l’Agence des pêches et devrait valider le nouveau cadre à la mi-juin. L’organisme a proposé d’ajouter les rorquals communs à la liste des cétacés – baleines de Minke, rorquals de Bryde et rorquals boréals – pouvant être chassées par les baleiniers nippons. Elle s’appuie sur des études qui confirmeraient le niveau suffisant des populations de rorquals communs dans le Pacifique Nord.

L’initiative a fait réagir Nicolas Entrup, directeur des relations internationales de l’ONG Ocean Care, qui a fustigé « le développement agressif d’une activité inutile et cruelle qui ne répond à aucun besoin humain pressant ». Le rorqual commun est le deuxième plus grand mammifère vivant. Il est classé « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Le Japon reste attaché à la chasse baleinière même si les Japonais n’en mangent quasiment plus. La viande de baleine était une source de protéines abordable pendant les années de malnutrition qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Elle était abondamment servie dans les cantines scolaires. Le pic de consommation a atteint 233 000 tonnes en 1962.

Sous le couvert d’études scientifiques

L’effondrement des populations a conduit la Commission baleinière internationale (CBI) à décréter en 1986 un moratoire sur la chasse à la baleine. Le Japon l’a respecté avant d’obtenir en 1988 des dérogations l’autorisant à se livrer à cette activité sous le couvert d’études scientifiques. L’archipel était néanmoins critiqué car, depuis la reprise de la chasse, ses pêcheurs ont pris plusieurs milliers de baleines, un niveau jugé disproportionné pour de simples recherches.

Des heurts parfois violents ont opposé les baleiniers et les organisations de défense des cétacés, comme Sea Shepherd. En 2014, l’Australie a obtenu la condamnation du Japon par la Cour internationale de justice (CIJ). Canberra protestait contre la présence de baleiniers nippons dans l’océan Antarctique, une zone considérée comme un sanctuaire par plusieurs pays. Le tribunal onusien a reproché à Tokyo de maquiller une activité commerciale en programme de recherche et d’enfreindre « la préservation des mammifères marins et de l’environnement marin ».

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