Le Hezbollah, une emprise tentaculaire et progressive sur le Liban

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Depuis le 7 octobre 2023 et l’attaque du Hamas contre Israël, le Hezbollah mène une guerre à reculons. L’organisation chiite libanaise pro-iranienne paraît avoir été prise de court par l’offensive de son allié palestinien à Gaza. Le 8 octobre, elle tirait quelques roquettes sur Israël par « solidarité », tout en mesurant leur impact. Cette salve a cependant provoqué le déplacement de quelque 100 000 habitants du nord d’Israël, par mesure de sécurité. A ce jour, ils n’ont pas réintégré leur foyer et font pression sur le gouvernement de Benyamin Nétanyahou pour qu’il mette fin à la menace du Hezbollah.

Dès novembre 2023, Israël est passé à l’offensive en menant des raids aériens en profondeur sur le dispositif militaire du Hezbollah. Entre 300 et 400 combattants, dont plusieurs dizaines appartenaient à son corps d’élite, la force Radwan, et des hauts gradés de la milice ont été tués. Israël a fait en sorte de vider la bande frontalière de toute présence humaine au Liban sud, notamment en utilisant des bombes au phosphore.

Dans cette escalade, le Parti de Dieu s’efforce désormais de frapper des cibles militaires israéliennes − au risque de déclencher une guerre ouverte dévastatrice pour le Liban, déjà rendu exsangue par une crise économique sans précédent. Le Hezbollah, hégémonique sur la scène politique libanaise, tient le sort du pays entre ses mains.

Plaine de la Bekaa
Cette région rurale pauvre, encadrée de hauts sommets, s’organise autour de la ville de Baalbeck, considérée comme une place forte du Hezbollah et un lieu de transit d’armes et de trafics lucratifs.

Liban sud
Cette région pauvre et délaissée par l’Etat a été occupée par l’armée israélienne de 1978 à 2000. Les tensions constantes entre la milice chiite et son ennemi israélien ont dégénéré à l’été 2006 en une guerre dévastatrice.

Banlieue sud de Beyrouth
Ces quartiers chiites, à la population très dense et paupérisée, sont fortement dépendants des aides sociales dispensées par le Hezbollah, à la présence omnipotente.

Fief du Hezbollah

Fief allié du Hezbollah

Baalbek
Berceau du Hezbollah, dont les premiers combattants ont été formés, au début des années 1980, par des pasdarans iraniens.

Quartier de Haret Hreik
Bastion du Hezbollah où est situé le « carré sécuritaire », zone ultraprotégée abritant, dans un réseau souterrain, les instances du parti.

Nabatiyé
Bastion du Hezbollah, contrôlant l’accès vers le sud du pays.

Tyr
Place forte d’Amal, autre parti chiite allié du Hezbollah.

Bint Jbeil
Théâtre de la principale bataille ayant opposé l’armée israélienne au Hezbollah en 2006.

Port de Beyrouth le Hezbollah y exerce une forte influence par le biais de ses alliés politiques, notamment le Amal, autre grande formation chiite du Liban.

Frontière libano-syrienne sous contrôle du Hezbollah

Routes stratégiques reliant, via la Syrie, le Liban #à l’Iran et permettant l’acheminement d’armes.

« Ligne bleue », ligne de démarcation établie par les Nations unies,
après le retrait israélien du Liban sud en 2000

Zone d’opération de la Finul,
mission de maintien de la paix de l’ONU au Liban, depuis 1978

Nouveau front de la guerre entre le Hezbollah et Israël en Syrie sur les contreforts du Golan

Nombre d’attaques entre le 7 octobre 2023 et le 3 mai, en provenance…

… d’Israël

… de Hezbollah

Bande de 10 km peu à peu réduite en no man’s land par les bombardements israéliens.

Recherches et cartographie :
Flavie Holzinger ; Delphine&nbspPapin ; Riccardo&nbspPravettoni

Sources : C. Ayad, Géopolitique du Hezbollah (PUF, 2024) ; Acled ; ONU ; Le Monde

Arme de dernier recours

Depuis la guerre menée contre Israël à l’été 2006, le Hezbollah est passé du statut de guérilla (10 000 hommes et 15 000 roquettes estimés) à celui d’armée (50 000 hommes, dont 30 000 réservistes et 10 000 soldats d’élite, et 150 000 missiles et roquettes) dotée de drones, de hors-bord-suicides, de missiles antiaériens et antinavires, etc.

Outre ce puissant arsenal, il est le plus loyal des alliés régionaux de l’Iran, à qui il doit sa création dans la foulée de la révolution islamique de 1979 − la naissance officielle du Parti de Dieu date de 1985. Complètement intégré au système de défense iranien, il cherche à éviter un affrontement d’ampleur avec Israël, Téhéran ne souhaitant pas engager une guerre totale.

Le Hezbollah s’est ainsi tenu à l’écart des échanges de tirs directs entre Israël et l’Iran, les 14 et 19 avril. Il est, en quelque sorte, l’arme de dernier recours de la République islamique contre I’Etat hébreu et la meilleure protection du programme nucléaire iranien. Le Hezbollah est entré dans l’ère complexe et mouvante de la dissuasion, où toute erreur de lecture des intentions ennemies peut avoir des conséquences dramatiques.

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