Le « devoir de visite des pères » proposé par Emmanuel Macron, « une solution simpliste à un problème complexe »

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C’est une proposition qui a pris de court de nombreux acteurs du secteur : celle d’instaurer « non plus seulement un droit, mais un devoir de visite des pères » après une séparation, formulée par Emmanuel Macron, le 7 mai, dans une interview au magazine Elle. « On a laissé les hommes s’exonérer de tous leurs devoirs de parentalité », affirme le président de la République, répétant que le devoir d’être parent « ne s’arrête pas au moment du divorce ou de la séparation ».

Les juges, avocats ou médiateurs interrogés par Le Monde ont accueilli cette proposition avec « surprise », « perplexité » voire « une certaine consternation ». « Ça ne correspond aucunement à une demande réfléchie, travaillée ou formulée par la profession », remarque Alice Grunenwald, présidente de l’Association des magistrats de la jeunesse.

Le schéma exposé par Emmanuel Macron dans Elle existe, mais décrit un cas très spécifique : celui d’un père absent face à une mère qui souhaite « exiger des visites régulières » pour qu’il redevienne « partie prenante de l’éducation ». Et d’un enfant demandeur, qui « se sent abandonné » par son père. « C’est une vision du temps de visite et d’hébergement très genrée, mais surtout déconnectée de la réalité », lance Laurence Blisson, juge aux affaires familiales, qui doute de la cohérence de cette proposition.

Les professionnels s’inquiètent aussi du risque qu’un devoir de visite systématique oblige des enfants à voir un père violent ou maltraitant. « On est face à une injonction paradoxale, alors que les lois récentes cherchent à retirer l’autorité parentale ou son exercice de manière plus automatique lorsqu’il y a un danger pour l’enfant », souligne la juge des enfants Alice Grunenwald. L’idée d’imposer la présence physique d’un parent désinvesti ne rassure guère plus. « On ne peut pas contraindre quelqu’un à tisser un lien affectif par la loi, assure Laurence Blisson, qui siège au tribunal judiciaire de Marseille. Ça peut être très douloureux pour l’enfant s’il sent que son père le voit parce qu’il y est obligé. »

« Une solution simpliste »

Pour remettre l’intérêt de l’enfant au centre, le droit doit d’abord compter avec la diversité des situations familiales. Que faire des pères qui vivent loin, de ceux qui n’ont pas les moyens d’accueillir leurs enfants chez eux, de ceux qui ont pris leurs distances à cause d’un conflit ou qui se battent pour obtenir la garde alternée ? L’idée d’un devoir de visite des pères, résume Alice Grunenwald, est « une solution simpliste à un problème extrêmement complexe ».

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