Le « Charles-de-Gaulle » fait ses premières démonstrations de force sous commandement de l’OTAN

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Le porte-avions « Charles-de-Gaulle » appareille du port de La Sude, le 7 mai 2024 pour continuer sa mission Akila.

A écouter en ce 7 mai, à l’issue d’une escale en Crète, la plupart des marins du Charles-de-Gaulle, la première mission du porte-avions français sous commandement de l’OTAN, baptisée « Akila », ne change au fond « presque rien » à leur quotidien. Il y a bien ceux qui concèdent que les PowerPoint à remplir ou certains fonds de carte sont un peu différents. Qu’il peut y avoir certains « savoir-faire » à maîtriser avec des clés de chiffrement pour les liaisons tactiques. Mais le principal changement significatif, aux yeux de l’équipage du plus gros bâtiment de la flotte française et de ses 1 800 hommes, depuis le départ de Toulon, le 26 avril, c’est ce simple drapeau bleu et blanc au logo de l’Alliance, ajouté aux côtés de l’étendard français tout en haut de la mature, au-dessus du poste de commandement.

Ce retour à la mer un peu particulier, après des mois d’arrêt technique, doit durer jusqu’au 10 mai. « Or, tout est déjà normalisé en procédures OTAN et tous nos procédés sont déjà en anglais », tient à préciser, comme d’autres, un lieutenant de vaisseau, chargé d’assurer toute la défense du porte-avions, de ses stocks de missiles Aster à la lutte antidrone. Un poste stratégique sur lequel la France garde complètement la main en cas d’attaque, même avec très peu de préavis, prévient cet officier, soucieux de ne pas prêter le flanc aux accusations de perte de « souveraineté » soulevées, ces dernières semaines, par l’opposition.

Le seul pour qui le passage du Charles-de-Gaulle sous pavillon OTAN marque une réelle évolution, c’est le commandant de l’ensemble du groupe aéronaval (GAN), le contre-amiral Jacques Mallard, qui gère à la fois le porte-avions, mais aussi son escorte habituelle, soit deux frégates, un bateau ravitailleur et un sous-marin. Chaque matin, depuis le début de la mission, il doit participer à un « call » avec ses homologues italien, portugais et grec, qui participent à la mission, sous la tutelle d’un vice-amiral américain, à la fois patron de la VIflotte des Etats-Unis et chef d’un des états-majors de l’OTAN – baptisé « StrikforNato » – basé au Portugal. « C’est à lui que je rends des comptes, et c’est avec lui que nous discutons des objectifs communs, pas de ceux de la France », détaille le contre-amiral.

Ce changement de pratique correspond au souhait de la France, depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, de regagner du poids au sein de l’OTAN, après des années de relations distendues alors que l’armée française était surtout tournée vers l’Afrique et le contre-terrorisme. Un désintérêt épinglé par la Cour des comptes, en 2023, dans un rapport qui pointe notamment un nombre important de postes non pourvus. « Pendant des années, on s’est un peu assoupis par manque de menace », concède le vice-amiral Jean-Emmanuel Roux de Luze, chef adjoint de l’état-major de l’OTAN chargé de la zone Méditerranée, basé à Naples (Italie), de passage sur le Charles-de-Gaulle.

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