La Russie tente d’enrayer l’hostilité à l’égard des migrants d’Asie centrale

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Capture d’écran d’une vidéo de la chanteuse russo-tadjike Manizha diffusée sur son compte Instagram, le 26 mars 2024, dans laquelle elle exprime sa douleur face à la recrudescence des actes xénophobes en Russie. 

Commentaires des internautes : 
@pitt.zabolotskiy : Manizha, ne te mêle pas de politique. Dégage au Tajikistan et lutte pour l’interdiction de la torture là-bas. Tu vis dans un endroit paisible, calme et riche grâce à ces tortures justifiées.
@alla_orfey : « désolé »
@rotkehlchen999 : [C’est une] Opinion intéressante. Et que disait [ta] grand-mère à propos du fait qu’il est interdit de tuer des innocents ? Ou alors c’est uniquement les Russes qui doivent faire preuve de tolérance, seulement d’eux qu’on attend de la mansuétude ? Qu’aurait dit ta grand-mère si on avait massacré des innocents lors d’un concert à Douchanbe ?
@zajigalka01 : [Il est] interdit de toucher qui que ce soit. Seulement pour les Russes, c’est l’inverse. On chie dans l’âme des Russes, on les tourmente et après on exige la paix et de faire preuve d’humanité.

Le jeune homme n’est pas le seul héros du Crocus City Hall, mais les médias d’Etat russes se sont entichés de lui. Islam Khalilov, 15 ans, travaillait au vestiaire de la salle de spectacle, le 22 mars, le soir de l’attentat qui a fait 143 morts. Il a sauvé un groupe d’une centaine de personnes en les conduisant jusqu’à une sortie de secours ouverte. Islam s’exprime bien, il parle avec modestie de son rôle. Mais c’est surtout son prénom si évocateur et son origine – kirghize – qui séduisent les médias officiels.

Son exposition accrue, ces tout derniers jours, répond à un besoin : enrayer la vague antimigrants et anti-islam observée en Russie depuis une semaine. Une vague que les autorités ont parfois elles-mêmes contribué à alimenter. Autre signal clair, la diffusion par le Kremlin, jeudi 28 mars, d’une vidéo dans laquelle Vladimir Poutine, rencontrant des militaires, semble glisser sur le ton de la confidence : « Quand j’entends que la Russie doit être seulement pour les Russes, un sentiment d’anxiété monte en moi… »

Ces mots – « la Russie aux Russes » (« Russes » dans le sens ethnique du terme) – avaient été entendus la veille dans le métro de Moscou, où une femme originaire de Iakoutie a filmé son agression par des ultranationalistes, dont l’un finit par faire un salut nazi. L’incident n’est que l’un des nombreux recensés depuis qu’il est apparu que les terroristes du Crocus City Hall et leurs complices, affiliés à l’organisation Etat islamique au Khorassan, étaient tous originaires d’Asie centrale – soit sept Tadjiks et un Kirghiz – pour la plupart installés en Russie.

Agressions, bagarres, déferlement de haine sur les réseaux sociaux… Les signes de tension sont bien présents, et l’attentat a réveillé, ou permis d’exprimer au grand jour, des sentiments xénophobes bien ancrés chez une partie de la population. On a ainsi constaté une augmentation des annonces, dans l’immobilier ou sur le marché du travail, « réservées aux Slaves ». La pratique est courante en Russie, et résolument combattue par les autorités. Des chauffeurs de taxi originaires d’Asie centrale voient aussi leurs courses annulées.

Minorités musulmanes

Cette crispation est observée malgré la volonté du pouvoir d’orienter les regards – et la haine – vers l’Ukraine et l’Occident, accusés d’être les « vrais commanditaires » de l’attentat. Mercredi, le quotidien Argoumenty i fakty proposait en couverture d’envoyer « brûler en enfer » les responsables présumés : Macron, Biden, Scholz, Zelensky… Le comité d’enquête a encore appuyé cette version en assurant, jeudi, que « le travail avec les terroristes détenus, l’examen des dispositifs techniques saisis sur eux et l’analyse des informations sur les transactions financières ont permis d’obtenir des preuves de leurs liens avec les nationalistes ukrainiens ».

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