La Russie, embarrassante source de profits pour de grandes banques internationales

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Une agence bancaire Raiffeisen, à Moscou, le 3 avril 2023.

Plus de deux ans après l’invasion de l’Ukraine, vingt et une banques internationales restent implantées en Russie et y gagnent de l’argent : 3,5 milliards de dollars (3,3 milliards d’euros) au total en 2023, selon le décompte publié, mercredi 24 avril, par la Kyiv School of Economics (KSE), l’école d’économie de Kiev. Et ces bénéfices ont généré 970 millions de dollars de recettes pour le fisc russe, ce qui représente des ressources supplémentaires pour le budget de l’Etat et, donc, potentiellement, pour financer l’effort de guerre.

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Parmi les banques citées dans l’étude de la KSE figurent l’américaine Citibank et l’italienne UniCredit − des poids lourds du secteur −, et d’autres moins connues, comme la hongroise OTP ou l’autrichienne Raiffeisen Bank International, de loin la plus exposée.

Implantée depuis plus de trente ans dans la plupart des ex-pays communistes d’Europe centrale et orientale, Raiffeisen a développé un important réseau de banques de détail en Russie, au point d’intégrer la liste des établissements d’importance systémique dressée par la Banque centrale de Russie. Cette forte présence se lit dans les résultats financiers du groupe : en 2023, ses activités russes ont encore engrangé plus de 2,6 milliards d’euros de revenus et 1,34 milliard de bénéfices, soit 52 % de son résultat total.

Sincérité mise en cause

Pour Raiffeisen, comme pour les autres banques visées, les profits générés en Russie n’ont, en eux-mêmes, rien d’illégal, en l’absence d’embargo total contre celle-ci. « Si des banques européennes restent [là-bas], c’est parce que des entreprises européennes continuent d’échanger avec le pays, souligne Nicolas Véron, économiste à l’institut Bruegel, à Bruxelles, et au Peterson Institute for International Economics, à Washington. Reste à savoir si les banques ont besoin d’une présence dans la banque de détail. On peut poursuivre des transactions commerciales avec des banques en Russie sans forcément fournir des services de banque de détail aux soldats de l’armée russe et à ses vétérans. »

Raiffeisen assure, depuis le début du conflit en Ukraine, chercher le meilleur moyen de se désengager du marché russe. Cependant, elle n’est pas prête à assumer une sortie coûteuse, contrairement, par exemple, à la française Société générale, qui s’était résolue à une perte de 3,1 milliards d’euros lors de la cession de sa filiale Rosbank.

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La sincérité de la démarche de la banque autrichienne a en outre été mise en cause, mardi 16 avril, lorsque le Financial Times a révélé avoir recensé plusieurs dizaines d’offres de recrutement de Raiffeisen en Russie, dont certaines évoquaient un objectif de « croissance à deux chiffres de ses revenus ». La banque a expliqué au quotidien britannique que les objectifs évoqués n’avaient pas été mis à jour depuis le déclenchement de la guerre.

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