La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté alerte une fois encore sur « une chaîne qui déraille »

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Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, à Paris, le 20 octobre 2020.

En prison, les années passent mais les choses ne changent pas. Voire, elles s’aggravent : surpopulation carcérale qui bat des records ; manque d’hygiène ; crise des recrutements… C’est ce triste constat que tire Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), dans son rapport annuel.

Malheureux hasard du calendrier : ce travail devait être présenté à la presse mercredi 15 mai. Cependant, en raison de la mort, la veille, de deux agents pénitentiaires lors de l’attaque de leur convoi transportant un détenu, Mohamed Amra, Mme Simonnot a préféré annuler la conférence de presse et a tenu à présenter ses « sincères condoléances aux familles des victimes et à l’ensemble des agents pénitentiaires ».

Le document de près de 200 pages (publié aux éditions Dalloz) a été rendu public comme prévu ce mercredi 15 mai. Il est issu des 110 visites de contrôle (de trente et un établissements pénitentiaires, de vingt-six établissements de santé mentale, de six hôpitaux recevant des personnes privées de liberté, de cinq centres de rétention administrative, de quatre centres éducatifs fermés, de six tribunaux, trente locaux de garde à vue, et de deux procédures d’éloignement forcé), mais aussi des courriers reçus.

Etat inquiétant de la psychiatrie

Dans l’ensemble, le propos de la contrôleuse générale ne diffère que peu des précédents rapports. Dans une langue peu habituelle pour ce genre de travail, l’ancienne journaliste se demande : « Que sommes-nous, collectivement, devenus pour tolérer de tels traitements à des êtres humains quoi qu’ils aient fait ? » Elle reconnaît l’ampleur de sa tâche : « Il est difficile de défendre les droits de ceux qu’une société n’aime pas, ne veut pas regarder et se moque bien des mauvais traitements qui leur sont infligés. » Elle poursuit : « Difficile également, de devoir répéter qu’il est inconcevable, en France, d’abandonner à un sort, souvent infect, les captifs et avec eux, ceux chargés de les garder, de les surveiller, de les soigner, de les accompagner. »

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Mme Simonnot décrit une « chaîne qui déraille » depuis l’aide sociale à l’enfance jusqu’à l’enfermement en prison, en passant par les centres éducatifs fermés, ou les centres de rétention. Chaque maillon est touché par les mêmes maux : manque de moyens humains et financiers, défaut de recrutement, graves troubles psychiques non soignés, captifs abandonnés à leur sort.

L’un des points saillant du rapport est l’état très inquiétant de la psychiatrie. « Il n’est pas un seul des établissements visités par le CGLPL qui ne souffre pas, avec plus ou moins d’intensité, de graves problèmes de recrutement de médecins et de personnel soignant, note ainsi le rapport. Certains hôpitaux ne sont plus en mesure de faire face à leurs obligations et ferment des lits de manière provisoire ou durable, ce qui a pour effet de reporter la charge sur les services voisins qui sont alors saturés. »

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