« La Chine s’est dotée d’un tel appareil productif que son débouché principal passe nécessairement par l’exportation »

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La machine à exporter chinoise tourne à plein régime. Ce n’est plus une vague, c’est un blitz. Hier, les conteneurs de l’empire du Milieu débarquaient des jouets, des vêtements, de l’électroménager, ou encore des téléphones portables – en bref, l’appartement de la classe moyenne occidentale. Aujourd’hui, ce sont des panneaux solaires, des turbines éoliennes, des batteries au lithium, des voitures électriques – en somme, la base industrielle du deuxième quart de siècle. Cela risque de mal se passer.

La presse des milieux d’affaires, celle qui a tenu le récit de la mondialisation des années 1980 et suivantes, du Financial Times au Wall Street Journal en passant par l’hebdomadaire The Economist, lance des avertissements. Nous allons être submergés. Prévisible, la vague chinoise suscite sa réplique américaine et même européenne : politique industrielle contre politique industrielle ; subventions contre subventions ; tarifs douaniers contre tarifs douaniers. La mondialisation n’est plus libérale. « Protectionnisme » n’est plus une insulte, c’est une politique. L’organe chargé d’égaliser un peu les conditions de concurrence, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), se meurt.

Une fois de plus, la Chine est au cœur de tout. Pékin impose son rythme et sa nouvelle politique économique. Les instruments traditionnels de la relance à la chinoise – immobilier et investissements en infrastructures – ne fonctionnent plus. Pour sortir du marasme post-Covid, Pékin aurait pu choisir de stimuler la consommation. Dans la croissance chinoise – prévision 2024 : 5 % –, la part de la demande intérieure reste faible. Mais l’équipe de Xi Jinping s’en tient à une priorité définie depuis 2010 déjà, la « croissance de qualité », c’est-à-dire l’industrie à haute valeur ajoutée. Et le pays s’est doté d’un tel appareil productif que son débouché principal passe nécessairement par l’exportation.

Immense réussite

La part de la Chine dans la production industrielle globale serait déjà de 31 %. On connaît le trio de pointe de la machine à exporter chinoise : véhicules électriques, batteries au lithium, panneaux solaires. De 2022 à 2023, selon le Financial Times (27 mars), les ventes à l’étranger dans ces trois secteurs ont augmenté de 30 %. Le marché extérieur éponge les surcapacités de production d’un appareil industriel intérieur longtemps protégé et dopé aux subventions d’Etat.

Immense réussite, la voiture électrique chinoise arrive à pleine maturité. La rue européenne change. A Paris et à Londres, les BYD et les Geely se glissent, silencieusement, dans les embouteillages. Çà et là, une calandre estampillée MG trompe son monde. Il ne s’agit plus des merveilleux roadsters des années 1960, les MGA puis MGB : au début du siècle, la firme d’Oxford – Morris Garages – a été rachetée par le groupe chinois Shanghai Automotive Industry Corporation (SAIC) et les MG d’aujourd’hui sont tristement silencieuses. Une civilisation a disparu.

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