Joe Biden estime que les Américains « ont le droit de manifester, mais pas celui de semer le chaos »

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Des manifestants propalestiniens rassemblés sur le campus du Lincoln Center de l’université Fordham, le 1ᵉʳ mai 2024, à New York.

Jusqu’ici silencieux sur les rassemblements propalestiniens dans les universités américaines, Joe Biden a finalement réagi dans une brève déclaration à la presse, jeudi 2 mai. Les Américains « ont le droit de manifester, mais pas celui de semer le chaos », a-t-il estimé. « Les gens ont le droit de recevoir une éducation, le droit d’obtenir un diplôme, de traverser le campus en toute sécurité sans craindre d’être attaqués. Soyons clairs également à ce sujet : il ne devrait y avoir aucune place dans un campus où que ce soit en Amérique pour l’antisémitisme ou des menaces de violences contre les étudiants juifs » a-t-il poursuivi.

« Il n’y a pas de place pour les discours de haine ou la violence de quelque nature que ce soit, qu’il s’agisse d’antisémitisme, d’islamophobie ou de discrimination contre les Arabes américains ou les Palestiniens américains. Il n’y a pas de place pour le racisme en Amérique », a-t-il insisté.

Le président des Etats-Unis a, par ailleurs, défendu la liberté d’expression et le droit de manifester tout en soulignant que « l’ordre doit prévaloir ». « La dissidence est essentielle à la démocratie », a-t-il déclaré de la Maison Blanche. « Mais la dissidence ne doit jamais conduire au désordre. » M. Biden a également dit qu’il n’était pas favorable à l’envoi sur les campus de la garde nationale, un corps d’armée qui dépend en premier lieu des Etats. Il a également assuré que ce mouvement de contestation ne changerait pas sa stratégie au Moyen-Orient.

Les campus américains sont le théâtre d’une mobilisation étudiante contre la guerre à Gaza qui secoue les Etats-Unis. La police a été déployée sur plusieurs d’entre eux, où de nouvelles arrestations ont eu lieu, après être intervenue à Los Angeles et New York. Tôt jeudi, la police a démantelé les barricades installées par des étudiants à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). A cette occasion au moins 200 personnes ont été interpellées, portant le nombre total des interpellations à l’échelle nationale depuis la mi-avril à plus de 2 000, selon un décompte d’Associated Press. Les forces de l’ordre, équipées de tenues antiémeute, ont retiré des grilles ainsi que des planches, et plusieurs manifestants ont été interpellés, selon des images diffusées par la chaîne de télévision CNN.

A l’université du Texas à Dallas, la police a démantelé mercredi un campement de manifestants et arrêté au moins dix-sept personnes pour « intrusion criminelle », a annoncé l’établissement.

Les forces de l’ordre ont également arrêté plusieurs personnes à l’université new-yorkaise Fordham et ont évacué un campement installé dans la matinée sur le campus, ont déclaré des responsables. Environ 300 personnes ont par ailleurs été interpellées à New York sur deux sites universitaires, a détaillé mercredi la police de la ville lors d’une conférence de presse.

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Manu militari

Au cours de la nuit de mardi à mercredi, les forces de l’ordre ont délogé manu militari des manifestants barricadés dans un bâtiment de la prestigieuse université Columbia à Manhattan, d’où est partie la mobilisation estudiantine de soutien à Gaza.

« La police s’est montrée brutale et agressive avec eux », a assuré à l’Agence France-Presse (AFP) Meghnad Bose, un étudiant de Columbia ayant assisté à la scène. « Ils ont arrêté des gens au hasard (…), plusieurs étudiants ont été blessés au point qu’ils ont dû être hospitalisés », a dénoncé une coalition de groupes étudiants propalestiniens de Columbia dans une publication Instagram. « Je regrette que nous en soyons arrivés là », a réagi mercredi Minouche Shafik, la présidente de l’université.

Les manifestants se battent « pour une cause importante », mais les récents « actes de destruction » menés par des « étudiants et militants extérieurs » l’ont conduite à recourir aux forces de l’ordre, a-t-elle expliqué, dénonçant par ailleurs « des propos antisémites » proférés lors de ces rassemblements.

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D’autres campements avaient également été démantelés tôt mercredi sur les campus de l’université de l’Arizona à Tucson, et à l’université de Wisconsin-Madison, respectivement dans le sud-ouest et le nord du pays, selon des médias locaux.

Appel à couper les ponts avec les entreprises liées à Israël

Depuis deux semaines, les mobilisations de soutien à Gaza se multiplient à travers les Etats-Unis, de la Californie aux grandes universités du Nord-Est, rappelant les manifestations contre la guerre du Vietnam. Les étudiants appellent les établissements à couper les ponts avec des mécènes ou entreprises liés à Israël, et dénoncent le soutien de Washington à son allié israélien.

A rebours d’autres institutions, l’université Brown, dans l’Etat de Rhode Island, a annoncé avoir trouvé un accord avec les manifestants. Celui-ci prévoit le démantèlement de leur campement en échange d’un vote de l’université en octobre sur un éventuel « désinvestissement » de « sociétés qui rendent possible et profitent du génocide à Gaza ».

Selon un décompte de l’AFP, les forces de l’ordre ont procédé depuis le 17 avril à des interpellations sur au moins trente sites universitaires. Les images de policiers antiémeute intervenant sur les campus ont fait le tour de la planète et font vivement réagir le monde politique, à six mois de la présidentielle dans un pays polarisé.

La Maison Blanche avait condamné mercredi un « petit pourcentage d’étudiants qui provoquent du désordre ».

« Les étudiants ont le droit d’aller en cours et de se sentir en sécurité », a encore déclaré Karine Jean-Pierre, porte-parole de l’exécutif, en ajoutant : « Nous allons continuer à souligner qu’il faut dénoncer l’antisémitisme. » Lors d’un meeting dans le Wisconsin, l’ancien président Donald Trump a considéré que « New York était en état de siège la nuit dernière ».

Le Monde avec AFP

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