« Je ne suis pas un juif de gauche, je suis un universaliste »

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Le député socialiste de l’Essone, Jérôme Guedj, lors du rassemblement organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France appelant à la libération des otages détenus à Gaza depuis les attaques du 7 octobre menées par le Hamas contre Israël, à Paris, le 7 avril 2024.

A un mois des élections européennes, Jean-Luc Mélenchon souffle plus que jamais sur les braises de la conflictualité. En ligne de mire, non pas le Rassemblement national (RN) ou le gouvernement d’Emmanuel Macron, mais ses anciens partenaires de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), les socialistes, en avance dans les sondages par rapport à la liste de La France insoumise (LFI).

Le 29 avril, le leader de LFI s’est fendu d’une tribune publiée dans L’Insoumission, l’un des sites de la galaxie insoumise, dans laquelle il cible son ancien camarade du Parti socialiste (PS) Jérôme Guedj, coupable, selon lui, d’« un recul net » sur le conflit israélo-palestinien. Le député de l’Essonne plaiderait ainsi « pour un “entre-deux” entre génocideurs et prétendu partisans de “l’effacement d’Israël” ».

Dans ce texte alambiqué d’une grande violence, le septuagénaire met surtout en cause « l’ambiguïté du propos » qui serait « un signe dans son milieu de fanatisme ». Il poursuit en comparant M. Guedj à quelqu’un qui « s’agit[e] autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ». Avec cette conclusion : l’élu aurait « renié les principes les plus constants de la gauche du judaïsme en France ».

« C’est un piège »

Avant de lui répondre, Jérôme Guedj a pris le temps de réfléchir. « Evidemment, c’est un piège », admet-il auprès du Monde. « Il veut que cette polémique envahisse le débat. En y répondant, j’y participe, en n’y répondant pas, je la banalise », détaille-t-il. Se taire, c’est aussi « ouvrir la fenêtre d’Overton », en référence à un concept qui définit ce qui est acceptable dans le débat public. « Le coup d’après, ce sera pire », ajoute l’élu de l’Essonne.

C’est la deuxième fois en dix jours que le triple candidat à la présidentielle s’en prend à son ancien disciple de la Gauche socialiste, ce courant du PS auquel tous deux appartenaient jusqu’en 2008. A Lille, le 18 avril, après l’interdiction de la conférence qu’il devait tenir avec la juriste franco-palestinienne, Rima Hassan, Jean-Luc Mélenchon a traité Jérôme Guedj, sans le nommer, de « lâche » et de « délateur ». Ce dernier venait d’exprimer des réserves sur le logo de Libre Palestine, l’association organisatrice de la conférence, sur lequel figure une carte fondant dans un même territoire Israël, Gaza et la Cisjordanie.

Cette tribune « ciselée », selon Jérôme Guedj, le ramène à sa confession juive. « Tout pue dans les formulations. Pour la première fois dans ma vie politique, on me renvoie à mon judaïsme », regrette le député PS. Selon lui, Jean-Luc Mélenchon « donne des bons points et des mauvais points aux juifs de gauche ». « Je ne suis pas un juif de gauche, je suis un universaliste », proclame l’élu biberonné à la laïcité, d’autant plus choqué que son ex-mentor le connaît parfaitement. Ancien élu de l’Essonne, M. Mélenchon a longtemps cheminé avec M. Guedj au PS. Quand il claque la porte du parti à la rose en 2008, le septuagénaire rompt aussi avec cet ancien fils spirituel qui révisait l’ENA dans son bureau.

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