Israël accapare la plus vaste étendue de terres en Cisjordanie depuis trois décennies

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Le village de Mouarrajat, en Cisjordanie, le 23 mai 2024. Ce village est régulièrement attaqué par les colons israéliens.

Dans le neuvième mois de la guerre à Gaza, Israël a discrètement accaparé, fin juin, la plus vaste étendue de terres en Cisjordanie occupée depuis plus de trois décennies, selon un décompte de l’organisation israélienne La Paix maintenant. Cette décision administrative, rendue publique le 3 juillet, redéfinit comme terres dites « d’Etat » quelque 1 270 hectares dans la vallée du Jourdain, ouvrant la possibilité de les attribuer à des colons juifs.

Elle est le résultat d’une réorganisation en profondeur de l’administration des territoires palestiniens par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui assume depuis 2023 une politique d’annexion de pans entiers de la Cisjordanie, au risque de faciliter les poursuites de la justice internationale.

Le grand orchestrateur de ce mouvement, le ministre des finances et ministre de tutelle de la Cisjordanie au sein de la défense, Bezalel Smotrich, se félicitait déjà en mai d’avoir fait accaparer par l’Etat plus de 1 000 hectares en Cisjordanie, en février et en mars. Il établit ainsi en 2024 un record absolu depuis les accords de paix d’Oslo de 1993, selon le décompte de La Paix maintenant.

Ces terres s’étendent sur les collines du nord de la Cisjordanie, entre Ramallah et Naplouse, autour de Shilo, l’une des colonies les plus violentes de Cisjordanie. Reculées et peu peuplées, ces collines descendent en pente vertigineuse vers la vallée du Jourdain, une serre à ciel ouvert qui marque la frontière avec la Jordanie.

Expéditions punitives

Israël leur avait jusqu’ici attribué le statut de « réserve naturelle » et de « zone militaire fermée », ce qui permettait à l’armée d’y détruire les constructions palestiniennes et d’en chasser les bergers. Désormais, ces terres relient quatre colonies, Yafit et Masua en amont, Gitit et Maale Efraim en aval, en un seul bloc, ouvert à des aménagements ultérieurs.

Les jeunes violents issus de ces colonies sont protégés, armés et parfois assistés par l’armée, qui a pleine autorité sur ces régions. Certains de leurs membres, réservistes, ont enfilé l’uniforme militaire depuis l’attaque du Hamas dans le sud d’Israël en octobre 2023, tout en continuant à agir sur place. Ces milices mènent une guerre parallèle à celle en cours à Gaza, dans cette vaste dorsale montagneuse qui s’étend du nord au sud de la Cisjordanie.

En avril, elles y menaient des expéditions punitives d’une rare violence contre des villages palestiniens, après qu’un jeune d’une colonie agricole des environs eut été tué. Depuis octobre, leurs attaques coordonnées ont dépeuplé dix-huit hameaux bédouins de cette région, et cinq autres des collines du sud d’Hébron, selon l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem.

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