En Ukraine, l’opposition de plus en plus critique de l’administration Zelensky

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Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à Paris, le 16 février 2024, pour la signature de l’accord bilatéral entre la France et l’Ukraine.

Solomiia Bobrovska ne cache plus son irritation contre l’administration présidentielle. Jeudi 7 mars, la députée de la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, s’agace de n’avoir pas été autorisée à sortir du territoire alors qu’elle avait été invitée par l’ambassade américaine de Kiev à se rendre à Washington pour une session de travail de dix jours, en février. « Je considère ces interdictions comme une tentative de nous faire taire pour écarter le Parlement des décisions-clés », dit au Monde l’élue du parti d’opposition Holos (« Voix »), membre de la commission pour la sécurité nationale et la défense. « Le gouvernement, poursuit-elle, ne peut pas dicter au Parlement, qui est une institution indépendante séparée, ce qu’il doit faire, c’est totalement anticonstitutionnel. »

La situation de Solomiia Bobrovska n’est pas unique. Depuis quelques mois, plusieurs députés appartenant aux partis d’opposition Holos et Solidarité européenne, de l’ancien président Petro Porochenko, se sont publiquement plaints de ne pas avoir reçu l’autorisation, requise par les autorités depuis le début de l’invasion russe, pour assister à un événement international dans le cadre de leurs fonctions.

Utilisation « abusive de la loi martiale »

Au pouvoir de 2014 à 2019, et désormais député, Petro Porochenko est même allé jusqu’à envoyer une lettre, fin février, au commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, Oliver Varhelyi, pour contester l’utilisation « abusive de la loi martiale et de la guerre » dans le but, selon lui, de « nettoyer le champ politique de l’opposition et de l’isoler de la scène internationale ».

L’ex-chef d’Etat, qui entretient des relations notoirement détestables avec son successeur, n’a lui-même pas été autorisé à quitter le territoire à au moins deux reprises. La première fois, en décembre 2023, alors qu’il comptait se rendre en Pologne et aux Etats-Unis. Pour justifier cette interdiction, le service de sécurité ukrainien (SBU) avait évoqué le risque d’une « instrumentalisation par les Russes » d’une rencontre supposée entre M. Porochenko et le premier ministre hongrois, Viktor Orban, très critique envers Kiev depuis le début de la guerre. La seconde fois, mi-février, il n’avait pas pu assister à la conférence sur la sécurité de Munich. La Verkhovna Rada avait invoqué « l’absence de documents pertinents » sur des réunions prévues entre l’ancien président et des partenaires occidentaux.

La publication sur X de la lettre de M. Porochenko par le commissaire Varhelyi a provoqué un scandale dans le pays. Moins à cause du commentaire ajouté par le diplomate hongrois – « dans une démocratie qui fonctionne, l’opposition ne peut pas être restreinte » – qu’en raison de la suggestion de l’ancien président de soulever la question de la pluralité politique « dans le contexte du prochain rapport de la Commission européenne et de l’élaboration du cadre de négociations avec l’Ukraine ». Olga Stefanishyna, vice-première ministre d’Ukraine chargée de l’Intégration européenne et euroatlantique, a ainsi accusé ce dernier de vouloir perturber le processus d’intégration de l’Ukraine au sein de l’Union européenne. Les 6 et 7 mars, M. Porochenko a néanmoins pu se rendre à Bucarest, en Roumanie, pour un congrès du Parti populaire européen.

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