En Turquie, la mobilisation contre la destitution d’un maire kurde se poursuit

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Les manifestations n’ont pas cessé, malgré les interdictions. A Istanbul, Ankara et un peu partout dans le sud-est de la Turquie, des rassemblements à l’appel du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM) se sont tenus ces derniers jours pour protester contre la destitution, lundi 3 juin, de Mehmet Siddik Akis, 53 ans, maire élu de la formation de gauche pro-kurde en mars à Hakkari, une ville proche de la frontière irakienne et de l’Iran. Arrêté par la police, l’édile a été condamné, mercredi, à dix-neuf ans et six mois de prison pour « appartenance à une organisation armée terroriste » et remplacé par le gouverneur local. Une sentence qualifiée de « coup d’Etat » par son parti.

Sur place, où plusieurs échauffourées ont éclaté, la coprésidente du DEM, Tülay Hatimogullari, venue de la capitale, a déclaré, dans une atmosphère tendue, que « la présidence et le pouvoir judiciaire ont désormais déclaré la guerre au peuple tout entier », dénonçant le fait que « même nos coprésidents et nos députés ont été empêchés de marcher ». Sur un ton grave, elle a tenu à préciser que « des soldats ont été acheminés là où la police était peu présente ».

Mercredi, s’exprimant pour la première fois sur le sujet, le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé « que personne ne devait être gêné par le verdict à Hakkari, la justice a décidé selon la loi », soulignant que « cela ne servait à rien d’attaquer à droite et à gauche avec des pancartes à la main ». Une allusion aux altercations qui ont éclaté, la veille au soir, au sein de l’Assemblée nationale turque, opposant les députés de la formation au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP), à ceux du DEM. Ce parti, troisième force au Parlement, est régulièrement accusé par le gouvernement de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), groupe armé considéré comme terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux, ce qu’il dément.

« Attaque contre le peuple et la démocratie »

Devant la presse, le chef de l’Etat avait ajouté, plus menaçant : « Aucun pays démocratique au monde ne tolérerait que des terroristes sanguinaires venus des montagnes infiltrent les municipalités en creusant des tunnels. Si vos candidats ne se sont pas livrés ou n’ont participé à aucune action illégitime ou illégale avant le 31 mars, nous n’avons rien à leur dire, mais s’ils ont mené des activités illégales, nous devons appliquer les lois et nous le ferons. » Et puis ceci : « Hakkari est la première étape. »

La mise en garde a été reprise à la lettre, vendredi 7 juin, par le ministre de la justice Yilmaz Tunç. En déplacement dans la ville de Bolu, celui-ci a déclaré que des enquêtes ont été ouvertes à l’encontre de la mairie de Tatvan, une autre des 78 municipalités remportées par le HDP (l’ancien nom du DEM) aux dernières municipales.

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