En Israël, l’exemption militaire des ultraorthodoxes divise le gouvernement

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Un manifestant est emmené alors que des ultraorthodoxes protestent contre la volonté de certains dirigeants israéliens de mettre fin à leur exemption militaire, à Jérusalem, le 18 mars 2024.

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou se déchire. Lundi 25 mars au soir, peu après le vote d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, Gideon Saar, le chef d’un petit parti de droite israélien, a annoncé qu’il quittait la coalition au pouvoir. Il revendiquait sans succès un siège au cabinet de guerre, le cercle restreint de ministres qui dirige les opérations à Gaza. Son geste presse le parti centriste du général Benny Gantz de suivre son exemple, alors que celui-ci est déjà engagé dans un bras de fer avec M. Nétanyahou. Dimanche 24 mars, M. Gantz a menacé de démissionner, lui aussi.

Ce puissant rival de M. Nétanyahou au sein du cabinet se pose en rempart contre un projet de loi profondément impopulaire en Israël, censé perpétuer l’exemption de service militaire dont bénéficie la communauté juive ultraorthodoxe. Cette exception assure à M. Nétanyahou le soutien électoral de ces fondamentalistes, qui vivent comme sur une île en Israël, soumis à la seule autorité de leurs rabbins.

La Cour suprême a jugé dès 2017 que cet état de fait contrevenait au principe d’égalité des citoyens. Elle impose à la coalition au pouvoir de redéfinir un cadre légal avant le 1er avril, ou d’envoyer ces jeunes gens dans les casernes. Le passe-droit dont ils bénéficient paraît au mieux anachronique et au pire révoltant à une majorité d’Israéliens, durant cette guerre qui a mobilisé massivement les réservistes. Le projet de loi élaboré par M. Nétanyahou avec les partis ultraorthodoxes « serait une ligne rouge en temps normal, et c’est un drapeau noir en temps de guerre », a affirmé l’ancien chef d’état-major.

« Un échec moral »

M. Gantz mène ce combat au côté du ministre de la défense, Yoav Gallant, qui défie lui aussi ouvertement le premier ministre. Dimanche, ce militaire issu du parti de M. Nétanyahou, le Likoud, a dénoncé le projet de loi comme « un échec moral ». Il offre au général Gantz un droit de veto sur ce texte, en promettant une nouvelle fois que son ministère ne le soumettra pas au Parlement sans l’assentiment de tous les membres du gouvernement.

M. Gallant, qui ne s’affiche plus au côté du premier ministre depuis des semaines, le provoquait ainsi peu avant de s’envoler pour Washington, où il devait s’entretenir avec les principaux responsables de l’administration Biden. Il n’a pas choisi ce moment sensible par hasard. En même temps que les démocrates américains, les généraux du gouvernement israélien perdent patience face à la manière dont M. Nétanyahou mène la guerre à Gaza.

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