En Grèce, les tâches ménagères restent plus qu’ailleurs en Europe du ressort des femmes

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LETTRE D’ATHÈNES

Ile grecque de Naxos, dans les Cyclades.

« Quand j’ai emménagé dans l’appartement de mon ex-conjoint, sa mère venait encore faire le ménage et livrer, chaque semaine, des petits plats. Il s’attendait sans doute à ce que je prenne son relais, mais cela n’a pas été le cas… Nous nous sommes séparés au bout de quelques mois de cohabitation », raconte Maria, une trentenaire qui ne semble pas surprise par les résultats d’une enquête récente sur le partage des tâches domestiques, menée par le Centre d’études démographiques de Barcelone dans quinze pays européens (Autriche, Belgique, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pologne, Roumanie, Serbie, Espagne, Royaume-Uni).

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Réalisée auprès de plus de 74 000 couples avec enfant mineur, l’étude révèle qu’en Grèce les femmes passent en moyenne 282 minutes (soit plus de 4 heures) par jour à s’occuper de la maison, des courses, de la cuisine, des enfants, contre 59 minutes pour les hommes, ce qui fait de la Grèce le pays européen où la gent masculine en fait le moins en la matière. En comparaison, en France, les femmes s’adonnent quotidiennement aux tâches domestiques durant 206 minutes, en moyenne, contre 111 minutes pour les hommes.

Sur un podcast du site d’actualités News247, Marilella Antonopoulou, rédactrice en chef de Ladylike, un magazine féminin en ligne, confie qu’elle s’occupe du ménage et de tous les travaux de la maison « deux ou trois heures par jour ». « J’ai pourtant la chance d’avoir une aide deux fois par mois et mon mari consacre beaucoup de temps aux enfants. Je ne suis pas la plus mal lotie », concède-t-elle.

Places en crèche limitées

Cette inégalité dans le partage des tâches s’explique, selon elle, « parce qu’en Grèce, comme en Italie, nous avons les pourcentages parmi les plus bas de femmes qui travaillent en Europe. Une femme sur sept n’a qu’un travail à mi-temps. Elles s’occupent automatiquement plus de la maison et des enfants ». Selon l’Autorité statistique hellénique, en novembre 2023, le chômage des femmes s’élevait à 11,7 %, contre 7,5 % pour les hommes. D’après l’OCDE, 13,8 % des femmes travaillent à mi-temps, contre 5,1 % des hommes, selon des données de mai 2023.

Le SEV, le « Medef grec », a également constaté que les femmes gagnent en moyenne 13 % de moins que les hommes. Et comme le conjoint a, souvent, un salaire plus élevé, la femme s’arrête pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Ce fut le cas de Maritsa Balanou, professeure des écoles en maternelle, qui a élevé ses deux enfants jusqu’à leurs 4 ans, moment de leur entrée à l’école. « Mon mari, garde-côte, gagnait mieux sa vie que moi, j’ai donc arrêté de travailler, mais j’en ai profité pour passer un doctorat. C’était un choix. Je dirais que le problème vient aussi des employeurs et des institutions. Par exemple, quand je passais un entretien d’embauche, la première chose qu’on me demandait est si je voulais avoir un autre enfant. De même, à l’école, il ne vient jamais à l’esprit d’appeler le père en cas de problème… », note cette femme de 37 ans.

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