En Australie, les enfants aborigènes trop systématiquement retirés à leurs familles

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LETTRE DE SYDNEY

A Binjari, une communauté aborigène située à la périphérie de la ville de Katherine, dans le Territoire du Nord (Australie), en août 2023.

Ils sont restés dans la mémoire collective australienne comme les « générations volées ». Entre 1910 et 1970, les autorités ont enlevé, de force, des dizaines de milliers d’enfants aborigènes à leurs parents, pour les placer dans des institutions ou dans des familles d’accueil blanches dans le cadre de politiques officielles d’assimilation. Une « souillure dans l’histoire de notre nation », avait déploré, en 2008, l’ancien premier ministre Kevin Rudd. Un demi-siècle plus tard, pour d’autres raisons, les peuples premiers continuent à voir leurs enfants retirés à un rythme alarmant par les services de protection de l’enfance. Des services qui, en Nouvelle-Galles du Sud en particulier, sont l’objet de vives critiques.

Le 2 mai, la population de cet Etat a découvert de énièmes dysfonctionnements dans le rapport provisoire publié par l’Advocate for Children and Young People, une autorité administrative indépendante qui a enquêté sur l’hébergement d’urgence dans des hôtels et autres structures d’accueil temporaires locales. Dans ce document, des mineurs ont témoigné avoir été abandonnés à eux-mêmes face à des marginaux ou encore avoir été agressés sexuellement. L’un d’entre eux a dit s’être senti comme « un chien dans un refuge, passant d’une cage à l’autre ». Quelques jours plus tôt, c’est un tribunal pour enfants qui avait entendu l’histoire édifiante d’un petit garçon autochtone de six ans. Placé pendant la moitié de sa courte vie, celui à qui la justice a attribué le pseudonyme de Ray a changé jusqu’à 26 fois de lieu de résidence en un an, a été privé de soins dentaires malgré des dents cariées et a été retrouvé l’intestin infesté de vers.

« Nous avons commencé à travailler pour réparer le système, mais nous avons encore un long chemin à parcourir », s’est défendue, le 2 mai, la ministre des affaires familiales de l’Etat, Kate Washington. Pour les populations aborigènes, ces réformes sont d’autant plus essentielles que leurs enfants, qui ne comptent que pour 4,5 % de la population mineure de Nouvelle-Galles du Sud, représentaient 47 % des jeunes mis sous protection en 2023. Un chiffre qui n’a cessé d’augmenter au cours de la dernière décennie et qui constitue une source de préoccupation majeure pour ces communautés.

« Surveillance excessive perpétuant des stéréotypes »

« Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette logique d’assimilation des générations volées, mais nous constatons que les peuples premiers font l’objet d’une surveillance accrue des systèmes de protection de l’enfance, des systèmes de santé, des systèmes éducatifs et d’autres systèmes gouvernementaux qui, ensemble, exercent une surveillance excessive, perpétuant des stéréotypes et appliquant des préjugés raciaux envers les familles aborigènes », dénonce BJ Newton, chercheuse à l’université de Nouvelle-Galles du Sud et responsable du projet Bring Them Home, Keep Them Home sur la réunification des familles autochtones, interrogée par Le Monde.

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