En Allemagne, le modèle d’exportation est grevé par les tensions géopolitiques

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Le président chinois Xi Jinping et le chancelier allemand Olaf Scholz à Pékin, le mardi 16 avril 2024.

Le voyage du chancelier Olaf Scholz en Chine, mi-avril, restera sans doute dans les mémoires comme l’une des dernières tentatives − manquées − de l’Allemagne de se convaincre de la pérennité d’un monde dont le « made in Germany » a tant profité. Celui né de la fin de la guerre froide, considéré comme un âge d’or de la mondialisation, où les rapports entre Etats étaient dominés non par la géopolitique, mais par le libre-échange et les règles de droit. Le modèle industriel exportateur germanique a fortement prospéré pendant cette période, en particulier quand la Chine, admise au sein de l’Organisation mondiale du commerce en 2001, a entrepris de s’industrialiser à grande vitesse, avec l’aide des biens d’équipement allemands.

Le choc de l’attaque russe contre l’Ukraine, le 24 février 2022, soutenue par la Chine, a mis un terme à cette ère. Le G20, qui rassemble les vingt économies les plus riches de la planète, est aujourd’hui profondément divisé entre les pays « occidentaux », incluant le Japon et la Corée du Sud, et le bloc formé par la Russie, la Chine et leurs alliés.

Dans son rapport sur l’économie mondiale, publié en avril, le Fonds monétaire international (FMI) a alerté sur « la fragmentation géo-économique du monde », susceptible de « peser sur le commerce mondial et la croissance de la prospérité dans les années à venir ». Gita Gopinath, directrice générale adjointe du FMI, a déclaré que les données de l’institution indiquaient une fragmentation « déjà en cours » et mis en garde contre le risque d’une « nouvelle guerre froide ».

Cette évolution devrait lourdement affecter le « made in Germany ». La recette gagnante de ce modèle était d’importer énergie, matières premières et biens intermédiaires bon marché pour les transformer en Allemagne en biens manufacturés haut de gamme, avant de les exporter avec une forte marge.

Point de rupture

Au total, 27 % des emplois outre-Rhin sont dépendants du commerce extérieur, et jusqu’à 54 % dans l’industrie, qui représente 20 % du produit intérieur brut, contre 10 % aux Etats-Unis ou en France. Cependant, la machine s’est grippée. Depuis la guerre en Ukraine, les échanges avec la Russie, grand fournisseur d’énergie et de matières premières, sont bannis.

Le rapport à la Chine, dont beaucoup d’entreprises allemandes sont encore tributaires pour leurs approvisionnements et leurs ventes, atteint probablement un point de rupture. Olaf Scholz, sous la pression des grands groupes de son pays, avait placé les rapports économiques bilatéraux au cœur de son voyage en République populaire, mais n’a obtenu du président Xi Jinping aucune des garanties qu’il était venu négocier. Ni sur le dossier ukrainien ni sur les subventions de Pékin à son industrie exportatrice, jugées déloyales.

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