deux gauches pour quatre programmes

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Affiches électorales à Auch, le 16 mai 2024.

A moins de deux semaines du scrutin européen, les attaques fusent entre les partis de gauche. Sur BFM-TV, lundi 27 mai, la tête de liste Place publique-Parti socialiste, Raphaël Glucksmann, a invité sa rivale de La France insoumise (LFI), Manon Aubry, à lui « lâcher les baskets ». « Concentrez-vous sur l’extrême droite », a-t-il ajouté. « Quand on entend M. Glucksmann et [la tête de liste Renaissance Valérie] Hayer dire que l’Europe est une chance, il y a un décalage entre ce qu’on vit quotidiennement et les discours », a enchaîné, le lendemain sur C8, le candidat communiste Léon Deffontaines, associant le représentant du Parti socialiste (PS) à la candidate du camp présidentiel.

Si ces offensives ont des allures de postures électoralistes, elles rappellent aussi l’existence de deux gauches en Europe, issues du référendum de 2005, où le non à une Constitution européenne l’avait emporté. En témoigne l’examen des programmes du PS, de LFI, du Parti communiste français (PCF) et des Verts pour les européennes. « Ce qui nous distingue, c’est l’élargissement et le saut fédéral », illustre l’eurodéputé Emmanuel Maurel, candidat sur la liste de Léon Deffontaines.

Les questions internationales continuent de fracturer la gauche. A commencer par l’Ukraine. D’un côté, sociaux-démocrates et écologistes sont favorables à son intégration dans l’Union européenne (UE), de l’autre, « insoumis » et communistes y sont opposés. L’armement du front ukrainien face aux Russes fait aussi débat. Ces derniers jours, Raphaël Glucksmann se disait prêt à soutenir l’envoi de missiles longue portée au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, quand la tête de liste écologiste, Marie Toussaint, se montrait beaucoup plus prudente. La gauche radicale y est, elle, farouchement opposée, ne souhaitant pas devenir « cobelligérante ». Elle milite toujours pour une solution « diplomatique » avec Vladimir Poutine, même si celle-ci se traduirait aujourd’hui par une reddition de l’Ukraine.

En réalité, c’est la vision même de la construction européenne qui est au cœur des dissensions, même si plus personne ne plaide pour une sortie de l’UE. Ainsi, l’expression « saut fédéral » est placée au cœur des programmes écologiste et socialiste. Les deux partis le présentent comme une nécessité pour mieux « lutter contre le dumping social, fiscal et environnemental », comme le résume le programme des Verts. Ils plaident aussi pour la mise en place d’une défense européenne, donc d’une armée commune, censée rendre l’Europe plus indépendante. « Nous partageons beaucoup d’objectifs communs avec les Verts. Ce sont nos premiers alliés », admettait, le 15 mai, Raphaël Glucksmann, en présentant les 337 mesures de son épais programme. Sociaux-démocrates et écologistes rêvent aussi de doter l’Europe de la capacité de « lever l’impôt » afin d’augmenter les ressources pour financer, par exemple, la transition écologique ou la réindustrialisation.

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