Dans l’affaire Tariq Ramadan, une audience décisive devant la chambre de l’instruction

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L’islamologue suisse Tariq Ramadan devant le palais de justice de Genève, le 24 mai 2023,

Y aura-t-il en France un procès de Tariq Ramadan ? Et si oui, pour combien de faits de viols sera-t-il jugé ? C’est l’enjeu de l’audience, cruciale, qui doit avoir lieu vendredi 29 mars à huis clos devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, dont l’arrêt sera mis en délibéré. Le débat portera sur l’ordonnance rendue en juillet 2023 par les deux juges d’instruction chargées du dossier.

L’islamologue suisse de 61 ans est accusé de plusieurs viols entre 2009 et 2016, qu’il conteste – il assure que ces relations sexuelles, qu’il a d’abord niées au début de l’enquête démarrée en 2017, étaient consenties. Au terme de leurs investigations, les magistrats instructeurs avaient décidé de le renvoyer devant la cour criminelle départementale de Paris pour des faits dénoncés par quatre femmes.

Or, à la suite de l’appel formé par les avocats de Tariq Ramadan, le parquet général de la cour d’appel de Paris a préconisé, le 7 mars, dans un revirement spectaculaire, l’abandon des poursuites pour les faits dénoncés par trois des quatre plaignantes. En dépit des réserves formulées dans le réquisitoire, dont Le Monde a pris connaissance : « La plus grande circonspection doit être observée face à la parole de M. Ramadan », relève l’avocat général, Matthieu Bourrette.

L’« emprise » du théologien

A l’origine de cette position du parquet général, il y a un raisonnement juridique très technique réfutant l’une des thèses principales des deux juges d’instruction. Selon l’hypothèse de ces dernières, notamment basée sur les expertises psychiatriques, les plaignantes étaient sous l’« emprise » du théologien, donc sous une forme morale de « contrainte » – l’une des quatre circonstances permettant de qualifier pénalement le viol (avec la violence, la menace et la surprise).

Dans leur ordonnance, les deux juges tâchaient de justifier le recours à ce concept en insistant surtout sur la « correspondance » numérique entre Tariq Ramadan et ces femmes, selon elles « une source majeure et déterminante pour mettre en exergue les manœuvres utilisées et exploitées par [l’accusé] pour obtenir une rencontre physique, avec des rapports sexuels correspondant à ses désirs, tout en s’assurant du silence ultérieur de ces femmes ».

Pour les juges, cette attitude témoignait de l’existence d’un « stratagème » rodé, fait d’« immixtion » et d’« omniprésence » dans la vie de ces plaignantes, afin d’imposer une discussion autour des fantasmes de domination et de soumission de l’islamologue. Un « processus de conditionnement » alternant « écoute bienveillante », « exigences » et « reproches », aussi dépeint comme un « rituel abrasif du libre arbitre » de ces personnes dont Tariq Ramadan savait la fascination qu’il exerçait sur elles.

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