« Dans cette nouvelle ère où l’affrontement a remplacé la coopération, la question de la dissuasion nucléaire reprend tout son sens »

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Une petite phrase, prononcée par Emmanuel Macron le 30 janvier à Stockholm, a mis en émoi quelques opposants politiques et la twittosphère pendant deux jours. Rien de nouveau, jusqu’ici, de la part d’un président volubile jusqu’à l’excès. Sauf que cette fois, le plus intéressant n’est pas la petite phrase, mais la question à laquelle elle répondait et l’émoi suscité. Parce qu’il s’agit d’un sujet grave, parfois vertigineux : la dissuasion nucléaire, soudain redevenu d’une brûlante actualité dans un contexte international conflictuel.

Le 30 janvier, donc, le président de la République, en visite d’Etat en Suède, est reçu à l’Académie militaire de Karlberg. Un officier suédois l’interroge : « La France a une force navale robuste et elle est le seul pays de l’Union européenne (UE) à disposer d’une capacité nucléaire indépendante. Est-ce que cela lui confère un sentiment de responsabilité dans la protection de la sécurité et de l’unité européennes à propos du passage de la mer Arctique ? »

« Absolument, oui, répond le chef de l’Etat. Pas dans une logique d’escalade, mais aux côtés de nos alliés et partenaires pour préserver la liberté et la souveraineté garanties par le droit international, oui, nous avons le sentiment d’une responsabilité spécifique. » M. Macron rappelle ensuite la doctrine française : la dissuasion nucléaire couvre les « intérêts vitaux » de la France, lesquels ont « clairement une dimension européenne, ce qui nous confère une responsabilité particulière ».

Propos surinterprétés

Il n’en a pas fallu plus à Marine Le Pen pour crier à la « folie » que constituerait une « européanisation de notre puissance nucléaire », comme si l’on avait proposé de céder à Ursula von der Leyen la prérogative d’appuyer sur le bouton. Le député Bastien Lachaud, de La France insoumise, s’est alarmé, lui, d’une « rupture très nette avec la doctrine de la dissuasion française ».

Il n’en est rien. Les propos présidentiels avaient été surinterprétés, quelques responsables et experts ont remis les choses à leur place, et le soufflé est retombé : le chef de l’Etat avait déjà évoqué « la dimension européenne » des « intérêts vitaux » français dans un discours censé faire date sur la question de la force de frappe française, en 2020 à l’Ecole de guerre.

Ce qui est nouveau en revanche, c’est qu’une question pareille émane d’un officier suédois, pays neutre il y a encore deux ans, aujourd’hui en train de rejoindre l’OTAN. Et que des élus français sautent aussitôt sur l’occasion pour dénoncer un prétendu changement de doctrine, doctrine qu’au demeurant la grande majorité de leurs partisans ignore.

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