Ce qui se cache derrière l’amnésie post-concert rapportée par des fans de Taylor Swift

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Taylor Swift, lors de la tournée « The Eras Tour », à Décines-Charpieu (Rhône), près de Lyon, le 2 juin 2024.

« Si je devais décrire ma sensation, je dirais que le concert ne s’est pas encore produit », raconte Guenaëlle, 22 ans. Et pourtant l’étudiante en master achats était bel et bien à La Défense Arena, à Paris, le 9 mai, pour assister à l’événement qu’elle attendait depuis presque un an : le concert de Taylor Swift, pop star américaine, sa chanteuse préférée. « Je suis incapable de me rappeler la couleur des tenues qu’elle a portées, par exemple. Par contre, je me souviens très bien de chaque détail du chemin du retour et de mon hôtel », explique Guenaëlle.

Une situation qu’elle n’est pas la seule à avoir vécue, en France ou ailleurs, au cours de l’Eras Tour, la tournée de la star, qui a débuté en mars 2023 aux Etats-Unis. Non, Taylor Swift n’est pas une sorcière qui hypnotiserait ses spectateurs, comme l’affirment certaines théories complotistes sur les réseaux sociaux. Des explications scientifiques existent.

Psychiatre au Jersey Shore University Medical Center, dans le New Jersey (Etats-Unis), Nathan Carroll apprécie la musique de Taylor Swift, mais ne se qualifie pas de « Swiftie », fan inconditionnel, contrairement à certains de ses collègues. « Quand ils sont allés à son concert dans le New Jersey et qu’ils m’ont raconté le lendemain qu’ils en avaient oublié des portions entières, je me suis dit que cela avait un intérêt scientifique », explique le médecin, qui avait également noté ce type de témoignage dans les médias.

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En se plongeant dans la littérature, il est tombé sur un syndrome : l’amnésie globale transitoire, ou ictus amnésique, qui se caractérise par une perte de mémoire sur une courte période. « Le trop-plein d’excitation est vécu par le cerveau comme du stress, et cela impacte sa capacité à encoder les souvenirs », poursuit le psychiatre qui, avec son équipe, a rédigé un article (en cours de publication) sur cette vague d’amnésie globale transitoire en lien avec la tournée de Taylor Swift. « Notre mémoire est extrêmement sensible au stress, qu’il provienne d’une expérience positive ou négative », souligne-t-il.

Montée d’adrénaline et de cortisol

Selon une étude menée chez plus de 200 personnes en Argentine, publiée dans la revue de l’Académie brésilienne de neurologie Arquivos de Neuro-Psiquiatria, il s’agit pourtant d’un syndrome bien plus commun chez des individus plutôt âgés, entre 50 et 80 ans.

« On pourrait comparer ce phénomène à ce que font les états de stress post-traumatiques. L’intensité du souvenir, la sursollicitation de l’amygdale, les mécanismes à l’œuvre pour encoder la mémoire émotive sont sensiblement similaires », avance Yann Humeau, chercheur CNRS à l’Institut interdisciplinaire de neurosciences (IINS) de Bordeaux. L’anticipation extrême peut induire de l’anxiété. La montée d’adrénaline et de cortisol, l’hormone du stress, peut contribuer au phénomène. Depuis une vingtaine d’années, la recherche sur les pertes de mémoire post-traumatiques s’est focalisée sur l’hippocampe, une zone du cerveau particulièrement impliquée dans le stress.

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