« Aux Etats-Unis, les indépendants cèdent la place aux grandes compagnies cotées en Bourse »

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Un puits de pétrole, près de Sweetwater, au Texas, en 2014.

On les appelle les wildcatters, les « chats sauvages ». Leurs bottes sont crottées et leurs manteaux poussiéreux. Ils ont démarré de pas grand-chose, en forant un trou dans l’ouest du Texas. Puis le pétrole en est sorti, et ils ont prospéré en multipliant les forages. Dans les bonnes années, ils gagnaient infiniment plus d’argent que le patron de la plus grande compagnie pétrolière des Etats-Unis. Tout en restant leur propre boss.

Autry Stephens est de cette race féline. Son puits d’origine s’appelle Big Dog. Il l’a foré tout près de sa ville de Midland, au Texas, en 1979. Il a bâti un empire baptisé Endeavor, qui a fait de lui un multimilliardaire depuis l’essor des gaz et pétrole de schiste. Il le sera beaucoup plus encore après la vente, annoncée lundi 12 février, de sa société à son concurrent Diamondback pour près de 26 milliards de dollars (24,3 milliards d’euros).

Une page se tourne dans l’histoire pétrolière américaine. Les indépendants au mauvais caractère cèdent la place à des manageurs policés salariés de grandes compagnies cotées en Bourse. Depuis un an, les confrères d’Autry Stephens sont rachetés les uns après les autres. L’opération la plus spectaculaire a été l’acquisition par le numéro un mondial ExxonMobil de Pioneer pour près de 60 milliards de dollars, en octobre 2023. Selon le Financial Times, ce sont près de 180 milliards de dollars de montant d’acquisitions qui ont été enregistrés depuis janvier 2023.

Rationalisation

Il faut dire que la région du bassin sédimentaire permien qui s’étend de l’ouest du Texas au sud-est du Nouveau-Mexique est le plus grand gisement de gaz et de pétrole de schiste au monde. C’est grâce à lui que les Etats-Unis sont redevenus le premier producteur mondial de pétrole, loin devant l’Arabie saoudite ou la Russie. Son mode de production avec des forages de courte durée gérés par des petits producteurs très flexibles en a fait la variable d’ajustement des prix mondiaux de l’or noir face au cartel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Les grandes majors estiment qu’il est temps de rationaliser tout cela en faisant jouer les effets d’échelle.

Cette rationalisation d’un univers peu régulé, premier émetteur mondial de CO₂ du fait des innombrables torchères et fuites de méthane, était inéluctable. Elle porte la marque d’une nouvelle attitude des grands pétroliers, confrontés à la perspective du déclin à moyen terme de leur production et à la nécessité d’investir dans des sources de cash à rendement rapide pour pallier le désintérêt de plus en plus prononcé de la Bourse pour leur activité. Les « chats sauvages » devront se trouver un nouveau terrain de jeu.



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