« Aujourd’hui, la politique est devenue un chaos »

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Ida Rozenberg-Apeloig, à Paris, le 20 juin 2024.

Dans son appartement du Sentier, à Paris, chaque mur, chaque meuble, chaque objet porte la trace de l’histoire d’Ida Apeloig, née Rozenberg. Une ­histoire juive d’avant-guerre où résonne l’accent yiddish de ses origines polonaises. En ce jeudi de juin, elle hésite entre la colère et la peur devant l’actualité. Châteaumeillant (Cher), le village de son cœur et de son engagement, celui où elle fut cachée cinq ans pendant la guerre, a voté à plus de 51 % pour les partis d’extrême droite aux élections européennes. « Où est passé l’esprit d’accueil et de solidarité humaniste de Châteaumeillant ? Aujourd’hui, la politique est devenue un chaos : l’extrême droite est au plus haut et le Nouveau Front populaire inclut La France insoumise, qui ne parle que de Gaza », observe-t-elle.

Née en 1937 à Paris, Ida Rozenberg a grandi au milieu des meubles façonnés par son père, Schmil, arrivé de Pologne quelques années auparavant avec sa jeune épouse, Golda. Quatrième génération de menuisiers, le jeune homme a fui une Pologne où l’antisémitisme faisait trop de victimes, s’installant à Paris comme les familles de l’écrivain Georges Perec, du militant d’extrême gauche Pierre Goldman ou de l’avocat Georges Kiejman.

Les Rozenberg vivent pauvrement à l’arrière de l’atelier rue du Faubourg-Saint-Antoine. « J’ai gardé les meubles de mon père, j’y tiens beaucoup. L’odeur du brou de noix qu’il utilisait me rappelle mon enfance, j’en utilise pour mes tableaux », raconte Ida, qui porte depuis son mariage, en 1952, le nom de son mari, Marcel Apeloig. « On s’est rencontrés au stand des YASC, un club de sport juif communiste, lors de la Fête de L’Huma en 1952 », raconte Marcel Apeloig.

« C’est ma ville de cœur »

Au milieu des objets installés dans la vitrine marquetée par son père, une médaille de bronze est posée sur une boîte. « C’est la médaille de citoyen d’honneur de Châteaumeillant, j’en suis très fière, c’est ma ville de cœur », commence Ida Apeloig avant de reprendre les fils qui la lient à cette petite ville de mille sept cents habitants située au sud de Bourges.

« En 1939, au début de la guerre, nous avons quitté Paris pour ce village qui accueillait les premiers réfugiés juifs. J’ai retrouvé les listes établies par la préfecture : au total, cent quarante-quatre juifs ont vécu là-bas pendant la guerre, seulement quatre ont été arrêtés et déportés, tous les autres ont été sauvés par un formidable réseau de solidarité et de courage des villageois », continue la femme de 86 ans. Devant elle, elle étale les documents qu’elle collecte, cherche et consigne dans une dizaine de dossiers depuis les vingt ans qu’elle se dévoue à remercier ce village et à raconter cette histoire.

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